L'engagement

Samedi 15 octobre à 15H45 au Café du Pont Neuf

THÈME : COMMENT S’ENGAGER DANS UNE ÉPOQUE OBSCURE ?

MIGUEL BENASAYAG est psychanalyste, médecin clinicien, et philosophe, un philosophe qui a de l’humour, une perle rare ! Il est aussi ancien combattant de la guérilla guévariste en Argentine, A 20 ans il a connu les geôles des tortionnaires de la dictature militaire en Argentine et leur a échappé de justesse. Il sait donc de quoi il parle. L’engagement pour lui est une nécessité vitale, aussi dans nos pays démocratiques, en France ou en Italie, où la violence s’exerce de manière plus sournoise. Pour M. Benasayag il s’agit d’inventer de nouvelles formes de contre-pouvoir, comme le collectif MalgréTout ou le « laboratoire social » à Ris Orangis dont il est l’instigateur, et où on élabore des stratégies à partir des problèmes réels des gens, des gens en situation affectés par un problème « ici et maintenant» pour lequel ils cherchent collectivement une réponse concrète :

http://www.mjcris.org/UP_laboratoireSocial.html

 Il dirige ce même type de laboratoire social en Italie, à Buenos Aires en Argentine et au Brésil. Mondialisation oblige.

C’est dire que pour M. Benasayag l’engagement et la résistance s’imposent à partir de situations concrètes auxquelles il faut répondre par la résistance en créant de nouvelles formes de lutte. Car comme il dit dans un livre co-écrit avec Florence Aubenas « Résister c’est créer ». Aussi fait-il avec Angélique DEL REY « l’Eloge du conflit ». Aujourd’hui il signe avec Angélique Del Rey ce nouvel essai « L’engagement dans une époque obscure ».

Pourquoi une époque obscure ? La violence aujourd’hui a pris des formes plus insidieuses, c’est p.ex. la violence des nouvelles méthodes de management au travail qui incitent chacun à jouer les coudes pour monter en grade et éliminer les rivaux potentiels, des méthodes qui poussent souvent au suicide comme chez France Télécom ou Renault.

Le succès des petits livres de Stéphane Hessel « Indignez-vous », puis « Engagez-vous» prouve qu’il y a une volonté de s’engager. La question est comment. Comment dépasser le sentiment d’impuissance devant la mondialisation et la radicalisation du néolibéralisme?

Au lieu de s'engager pour un modèle alternatif livré clé en main Miguel Benasayag plaide pour un engagement–recherche qui n’a plus rien à voir avec l’engagement pour une utopie. L’engagement c’est pour chacun agir à sa place – dans son «territoire» - là où il y a besoin de résister et d’agir, non pas selon un programme, mais en créant collectivement un nouveau rapport de force, un CONTRE-POUVOIR.

Il faut « Libérer la puissance d’agir des gens !» dit-il , en référence à Spinoza. Spinoza parle des « passions joyeuses» et des « passions tristes », et parmi les passions tristes il comptait l’espoir. Mais l’espoir fait toujours attendre Godot pour des lendemains meilleurs, alors que l’engagement pour des projets concrets qui ne sont ni des programmes ni des modèles, contribue au contraire à nous émanciper (Voir M. Benasayag Les passions tristes - Souffrance psychique et crise sociale, la Découverte, 2006)

« De l’Engagement dans une époque obscure » est dédié à sa fille Amanda née il y a quelques semaines, car M. Benasayag sait s’engager sur tous les plans – et joyeusement - même s’il ne croit pas « aux lendemains radieux» , trop conscient en tant que psychanalyste du côté irrationnel et clair/obscur de l’homme. Son engagement provient des situations concrètes. Il mise sur la vie.