La virginité - une qualité essentielle ?

Sujet du 9 juillet 

LA VIRGINITE – UNE QUALITE ESSENTIELLE ?
L’HYMEN – MENTIR OU CONSENTIR ?
 
Notre invitée : Geneviève Fraisse
 « consentement » ne se dit que des femmes, vérifié encore dans le dictionnaire LE ROBERT de 2005. Ce n’est certainement par hasard mais plutôt un indice de leur SERVITUDE CONSENTIE ou VOLONTAIRE.
Nous sommes heureux de recevoir pour la deuxième fois – après la journée du 8 mars de cette annéé - G. FRAISSE, cette fois dans un débat qui a déclenché des polémiques houleuses suite au jugement du TGI de Lille qui a prononcé l ‘annulation d’un mariage pour mensonge sur la virginité de la mariée.
Pour ceux qui n’étaient pas présents au CPA du 8 mars dernier je rappelle que G F est d’abord philosophe mais aussi femme politique, elle a été députée européenne de 1999 à 2005 et déléguée interministérielle aux Droits des Femmes en 1997.
Elle a donc eu le courage d’empiéter sur deux terrains de chasse gardées des hommes – la philosophie et la politique
Aujourd’hui elle est directrice de recherches au CNRS et auteure de nombeux ouvrages, et on aura l’occasion ici de parler de son dernier livre : « DU CONSENTEMENT » paru au SEUIL en 2007.
Et c’est justement de la question philosophique du consentement qu’il sera question ici dans ce débat sur la virginité considérée comme qualité essentielle de la femme par ce juge du TGI de Lille qui a donné suite à la demande d’annulation du mariage d’un mari qui s’est senti bafoué, parce que la nuit de noces il a découvert que la mariée n’était pas vierge. Il l’a donc renvoyée dans sa famille en déclarant aux invités - encore en train de trinquer au bonheur du couple- qu’il a été trompé sur la marchandise. Le juge de Lille a évoqué le CONSENTEMENT des deux époux d’origine maghrébine et de culture musulmane sur cette annulation du mariage, car la jeune épouse ne voulait plus non plus d’un époux qui se révélait autre qu’elle l’avait imaginé. Peut-être avait-t-elle cru que sa PERSONNE était plus importante que son HYMEN, cette petite peau qu’elle aurait pu d’ailleurs se faire recoudre dans des hôpitaux publiques ou les cliniques privées comme le font de plus en plus de jeunes femmes musulmanes. Elle n’aurait pas été menteuse, seulement hypocrite tout en consentant à se soumettre au code d’HONNEUR du clan familial.
Mais ce consentement aurait-il été un libre choix ou le résultat d’un rapport de force ? C’est là toute la question.
Comment concilier la liberté de disposer de son corps avec la loi de la communauté qui exige la chasteté ? Car ces jeunes femmes de culture musulmane sont bien évidemment exposées à deux influences contradictoires : d’un côté on prêche la liberté individuelle (à l’école, à la TV, par la publicité ou dans la rue), de l’autre on exige d’elles la chasteté. Chaque transgression signifie rejet. Elles savent que l’honneur familial passe par elles ,et l’honneur est sauf du moment que le sang coule la nuit des noces. Alors elles sont prêtes à payer jusqu’à 2000 E la réparation de leur hymen.
L’Iranienne MARYANE SATRAPI qui a inspiré le film « PERSEPOLIS », raconte dans sa BD « BRODERIES » ce qui se passe dans son pays sur le plan de l’hymen souvent recousu avant le mariage, et parfois avec le consentement des deux familles qui s’arrangent financièrement entre elles.
La question se pose : l’HYPOCRISIE vaut-elle mieux que le MENSONGE ?
Il y a eu plusieurs initiatives suite à ce jugement controversé qui risquait de faire jurisprudence. L’association « NI PUTES NI SOUMISES » dont quelques représentantes sont présentes ce soir – a immédiatement réagi par un manifeste « NI VIERGES, NI SOUMISES » . Ce sont donc les filles des cités elles-mêmes qui revendiquent qu’on applique des lois de la République au lieu de se réfugier dans un « RELATIVISME CULTUREL » qui applique deux poids et deux mesures selon qu’il s’agit de mariages entre musulmans ou entre Français de souche. Autrement dit elles considèrent les lois de la République comme une protection de leurs libertés.
Puis il y a eu le manifeste « NOUS SOMMES TOUS DES MENTEUSES » inspiré du manifeste des « 343 Salopes », ces femmes qui en 1971 ont publiquement avoué d’avoir avorté, alors que la loi l’interdisait. Geneviève Fraisse fait partie des signataires et vous en parlera. Comme en 1971 il s’agit de réclamer le droit de disposer librement de son corps, de refuser que les femmes soient CHOSIFIÉES et que leur intimité soit exposée sur la place publique. Le consentement à cette loi non écrite de la virginité et leur soi-disant « LIBRE CHOIX » ne change rien à l’affaire, car sait-on sous quelles pressions ce consentement est obtenu ?
Une avocate a d’ailleurs demandé  suite au jugement de Lille: Qu’est-ce qui empêcherait d’accepter aussi LA BIGAMIE du moment qu’elle est CONSENTIE ?
Dans l’essai sur le consentement de G. Fraisse il est question de prostitution, de pornographie, du foulard - plein d’exemples similaires à celui de la virginité.
Il faut d’ailleurs rappeler que le mot