Mai 68 - une nouvelle philosophie ?

Sujet du 14 Juin 2008

MAI  68:  UNE RÉVOLUTION PHILOSOPHIQUE ?
NOTRE INVITÉ: VINCENT CESPEDES
Philosophe, Auteur, dernier ouvrage: "MAI 68, la philosophie dans la rue" éditions LAROUSSE, Collection PHILOSOPHER, 2008.
Nous sommes heureux de recevoir Vincent Cespedes pour la 2e fois dans ce CAFE PHILO AUTREMENT. La dernière fois c’était en Mai 2007 à propos de son livre MELANGEONS-NOUS. Aujourd’hui nous recevons ce jeune philosophe de 34 ans à propos de son nouveau livre « MAI 68!- la philosophie dans la rue » paru chez Larousse dans la collection PHILOSOPHER  dont il est le directeur.
A part ces deux essais VC a commis quelques autres livres toujours au diapason du temps présent – I LOFT YOU à propos du LOFT et de la téléréalité , LA CERISE SUR LE BÉTON sur les violences urbaines et le libéralisme sauvage appliqué aux banlieues – qu’il connaît bien d’ailleurs puisqu’il a enseigné la philosophie en ZEP -, JE T’AIME, essai sur une autre politique de l’amour, MOT POUR MOT, une remise en questionde l’orthographe, et aussi un roman « MARABOUTÉS »
On ne peut pas dire que Vincent CESPEDES soit dans la pensée dominante, puisqu’il se réclame être féministe et PRO68, deux notions qui ont mauvaise presse. Il est donc tout à fait dans la lignée de nos café-débats qui s’efforcent de questionner les idées convenues ou dominantes.
Aujourd’hui, on le sait, MAI 68 est accusé de tous les maux, en particulier par la génération des trentenaires dont VC en tant que fils de parents 68ards divorcés fait partie. Il y a ceux qui réclament le retour à l’AUTORITÉ et ceux qui crient haro sur MAI OBSCÈNE et les dérives de la LIBÉRATION SEXUELLE transformé en consumérisme sexuel avec son lot de divorces décomplexés et la soi-disant DÉVIRILISATION de l’homme par le FÉMINISME.
Et les trentenaires à accuser les PAPY BABY BOOMERS de leur avoir barré les postes, les filles et les rêves.
Pourtant depuis 40 ans, un élément semble échapper aux commentateurs de cette révolution qu’on appelle sexuelle, spirituelle ou même métaphysique, c’est l’irruption philosophique en MAI 68 qui est un moment de création collective où la philosophie prend la rue et agite les cerveaux, où les slogans fleurissent sur les murs. En Mai 68 on refuse le PRÊT-À-PENSER comme le PRÊT-A-VIVRE. On veut au contraire CHANGER LA VIE, « LA VIE MODE D’EMPLOI » comme l’écrit Georges Perec. On lit sur les murs : NE PERDEZ PAS VOTRE VIE À LA GAGNER. CONSOMMEZ PLUS, VOUS VIVREZ MOINS.
C’est une période magique où des millions de gens ont cessé d’être obsédés par leur carrière ou de leur vie privée pour PHILOSOPHER ENSEMBLE, comme nous tentons de le faire aujourd’hui ici. MAI 68 c’est la PHILOSOPHIE-EXPÉRIENCE contre la PHILOSOPHIE-SAVOIR.
Mais hélas, tout mouvement d’idées qui s’attaque aux piliers d’une société engendre aussi une CONTRE-OFFENSIVE. « Depuis 40 ans la philosophie ne propose plus d’expérience collective et tend même à devenir un anti-dépresseur et anti-contestataire » écrit VC.
A cette philosophie un peu soporifique VC préfère de toute évidence celle du CLASH. Le clash signifie ne pas accepter l’autorité sans l’avoir interrogée. Tout le monde en MAI 68 se parlait d’égal à égal, sans tenir compte du statut social de l’autre. C’était le clash entre l’élève et le professeur, entre les jeunes et les politiques. Il fallait tout de suite s’expliquer : D’Où TU PARLES ? Où TU TE SITUES ? QUEL EST LE RAPPORT DE POUVOIR ?
La question est comment remettre la philosophie dans la rue, comment revenir à une pensée à la fois individuelle et qui s’élabore dans le collectif, alors que nous sommes formatés par la contre-offensive ? Les slogans de Mai 68 sont récupérés par les SLOGANS PUBLICITAIRES, on nous dit que Mai 68 a fait du mal à la stabilité du couple – alors que pour VC  le mariage c’est « une émotion mise sous contrat » - et certains jeunes réclament eux aussi le retour à l’autorité. C’est le règne du « TOUT FOUT LE CAMP » mais aussi du TOUT-MARCHANDISE. Car formatés insidieusement par la médiacratie nous pensons aujourd’hui en termes de rentabilité et de retour sur investissement jusque dans nos relations intimes.
Mais comment faire pour revaloriser aujourd’hui cette FÊTE DE LA PENSÉE EN ACTE qu’était Mai 68 contre la captation de nos DÉSIRS et de nos PENSÉES par la télévision et la publicité ?
Par le clash, la créativité, la philosophie en acte….répond VC. Même Gilles DELEUZE et Michel FOUCAULT ont changé leur philosophie après 68. C’est dire la force subversive de cette pensée en ébullition créatrice.