Sortir des crises - une utopie ?

24 JUN 2010

MAIRIE 2ème
INVITÉE : SUSAN GEORGE
THÈME : SORTIR DES CRISES – UNE UTOPIE ?
Susan George est Franco-Américaine, diplômée de  philosophie et docteur en sciences sociales et sciences politiques, auteure d’une quinzaine d’ouvrages, traduits dans une vingtaine de langues,  Présidente d’honneur d'ATTAC-France [Association pour une Taxation des Transactions financières pour l'Aide aux Citoyens). Elle a contribué à mener la campagne contre l'Accord Multilatéral sur l'Investissement [l'AMI] et pour le contrôle citoyen de l’Organisation Mondiale du Commerce [OMC}. C’est une femme de tous les combats, présente à la fois sur le terrain des actions à mener que dans les colloques et conférences dans le monde entier. Son premier livre date de 1976.
Parmi ses livres je cite seulement:
Le Rapport Lugano, Fayard, 2000) devenu un bestseller
Un autre monde est possible si... (Fayard, 2004).
La pensée enchaînée (Fayard, 2008
Leurs crises, nos solutions (Albin Michel, 2010)
Nous avons l’honneur d’accueillir SG pour la deuxième fois, elle était déjà notre invitée au Ciné-débat autour du film LET’S MAKE MONEY d’Erwin Wagenhofer en octobre dernier.
En lisant le dernier livre de SG je suis passée par plusieurs étapes : 
D’abord la surprise de découvrir le monde dans un état désastreux avec des dysfonctionnements et des injustices criardes, alors qu’on nous vante la mondialisation comme un bienfait pour l’humanité. SG sait pourtant de quoi elle parle, puisqu’elle est engagée dans ce combat altermondialiste depuis très longtemps et parcourt le monde du Nord au Sud.
Puis un sentiment de découragement face à ces maîtres du monde qu’elle appelle la « classe de DAVOS », à savoir les dirigeants des multinationales et les politiques qui les courtisent et qui agissent selon la phrase d’Adam Smith, théoricien du libéralisme : « TOUT POUR NOUS-MÊMES, RIEN POUR LES AUTRES, telle est la vile devise des maîtres du monde ». Que faire contre cette classe qui a tous les pouvoirs ?
Mais arrivée au dernier grand chapitre qui propose « NOS SOLUTIONS » j’ai respiré : Les solutions proposées paraissent tellement plausibles et logiques que je me suis demandée pourquoi on ne les appliquait pas de suite.
Le handicap semble être la prise de conscience par les citoyens que nous sommes que nous avons une force de pression à faire sentir aux maîtres du monde et à nos gouvernements pour leur dire qu’ « UN AUTRE MONDE EST POSSIBLE SI…. ». C’est le pouvoir du plus grand nombre, donc de nous tous qui sommes de simples consommateurs et contribuables.
Tout le monde ou presque a compris que nous vivons dans un monde en CRISE, crise économique, écologique et planétaire. Nous ne sommes pas aveugles et avons bien vu que c’est nous en tant que contribuables ou salariés qui payons la note après ce spectaculaire sauvetage des banques par les Etats, un sauvetage qui s’est fait sans demander les moindres conditions ou compensations en retour. Tout est en place pour faire repartir la machine comme avant. Il suffit de demander un peu plus de sacrifices aux citoyens. En fait la crise sert de prétexte pour appliquer des plans d’austérité, des plans de licenciements - ou des plans de retraite retors.
Malgré ces évidences nous sommes paralysés par la PEUR, la peur de perdre notre emploi, la peur du changement, la peur d’opter pour des formules dont on ne connaît pas le résultat. Alors on préfère le bricolage pour trouver des solutions individuelles à notre malaise : s‘engager dans une ONG ou dans une AMAP, changer les robinets ou les ampoules chez soi.
Susan George est tout à fait en faveur de ces actions individuelles. Elle les compare aux grains de sable qui peuvent contribuer à une reconfiguration du grand tas de sable qui est notre système. Mais l’idéal serait évidemment que toutes ces bonnes volontés individuelles se conjuguent en une force collective qui pèserait d’autant plus lourd .
Ce qui est sûr – et ceci pour répondre au sujet de notre débat : SORTIR DES CRISES – UNE UTOPIE ? - c’est que Susan George n’est pas une utopiste mais une femme pragmatique qui part toujours de la réalité des faits. Elle se considère elle-même comme un grain de sable. Elle se dit : peut-être mon livre touchera quelqu’un, peut-être donnera-t-il envie à d’autres d’agir à leur façon pour un monde plus vert, plus juste, plus civilisé, plus humain. Et cela pour enfin inverser la logiquedes maîtres du monde: «TOUT POUR NOUS-MÊMES, RIEN POUR LES AUTRES ».
Mais SG sait aussi qu’il faut créer un MYTHE, une belle légende, pour donner envie de faire advenir ce monde PLUS VERT ET PLUS JUSTE. Les faits seuls ne suffisent pas toujours pour convaincre le plus grand nombre et créer une dynamique collective.
En fait il s’agit de créer le DÉSIR cher au philosophe dont un des nombreux ouvrages porte le titre : ECONOMIE DU DÉSIR ET DÉSIR EN ÉCONOMIE. Le désir relève du domaine de la psychanalyse. Ce qui nous manque aujourd’hui pour susciter le désir d’une ECONOMIE VERTE et ÉQUITABLE c’est un « magicien » comme EDWARD BERNAYS, le neveu de Freud, émigré aux Etats-Unis, qui a su mettre à profit les idées de Freud sur l’inconscient et le désir pour avoir un impact sur l’opinion publique. En tant que consultant du gouvernement américain, il a su vendre l’idée au peuple américain d’aller faire la guerre en Europe en suscitant leur fibre patriotique pendant la Première Guerre mondiale.
Si on arrivait aujourd’hui à créer le même enthousiasme pour une économie verte fortement créatrice d’emplois ça serait un grand pas en avant.