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Vendredi 3 Septembre 2010
Mairie du 2ème arrondissement
THÈME : LE COURAGE A REINVENTER ?
INVITÉE : CYNTHIA FLEURY, philosophe, auteure de LA FIN DU COURAGE
Comment réinventer le sens du courage politique ?
Le courage s'apprend-il ?
Par quel miracle, ou quel mystère, pourrait-on VOULOIR ?
Quel est l'énigme de cette surrection solitaire qui fait qu'on décide d'agir avec courage, sans souci de récompense ni même de réussite ?
Nous vivons, note Cynthia Fleury, dans "des sociétés mafieuses où le courage n'est plus enseigné".
Il s'agit à la fois d'éviter cette "catastrophe de la vertu" qui se nomme la Terreur et de restituer sa présence au peuple, aujourd'hui porté disparu.
Sont convoqués Axel Honneth et sa "société du mépris", Michel Foucauld sans oublier Amartya Sen et sa conception de la démocratie.
Cynthia Fleury est philosophe, chercheure et enseignante universitaire. Elle enseigne à l'American University of Paris ainsi qu’a l’Institut d’Études Politiques de Paris (« Principes, les Pratiques et les Pathologies des démocraties adultes »). Dans le cadre du CNRS, ses travaux portent sur l'impact des nouvelles technologies de l'information et de la communication sur la définition des enjeux et des dispositifs démocratiques.
Elle est Conseillère scientifique du programme « Cap sur la diversité », « programme départemental de communication, de formation et de réflexion pour une politique active d'intégration et pour l'égalité ».
Elle a publié plusieurs livres dont Dialoguer avec l'orient , (2004, PUF), Les pathologies de la démocratie (Fayard, 2005) et Imagination, imaginaire, imaginal (PUF, 2006).
LA FIN DU COURAGE (Fayard, mai 2010).
Chaque époque affronte, à un moment de son histoire, son seuil mélancolique. De même, chaque individu connaît cette phase d épuisement et d érosion de soi. Cette épreuve est celle de la fin du courage. Comment convertir le découragement en reconquête de l avenir ?
Notre époque est celle de l instrumentalisation et de la disparition du courage. Mais ni les démocraties ni les individus ne peuvent en rester à ce constat d impuissance. Nul ne résiste à cet avilissement moral et politique.
Il s agit de surmonter ce désarroi et de retrouver le ressort du courage, pour soi, pour nos dirigeants si souvent contre-exemplaires, pour nos sociétés livrées à une impitoyable guerre économique. Le plus sûr moyen de s opposer à l entropie démocratique reste l éthique du courage et sa refondation comme vertu démocratique.
Dans cet essai enlevé, Cynthia Fleury rappelle qu il n y a pas de courage politique sans courage moral et montre avec brio comment la philosophie permet de fonder une théorie du courage qui articule l individuel et le collectif. Car si l homme courageux est toujours solitaire, l éthique collective du courage est seule durable.
Lundi 20 Septembre 2010
Café du Pont Neuf
SARTRE - ENTRE PENSEE ET ACTION, UNE VIE D'AVANT-GARDISTE
Invitée: Annie COHEN-SOLAL
"L'oeuvre de Sartre, prolifique, protéiforme, foisonnante, inachevée, est peut-être l'une des plus marquantes du XXe siècle. Philosophe, romancier, dramaturge, critique, journaliste, directeur de revue... Sartre a touché à tous les genres et avec brio (La Nausée, Huis Clos, Les Chemins de la Liberté, Les Mots, etc.). Sa revue, Les Temps Modernes, lancée en 1945, autour de l'existentialisme et de la littérature engagée, devint le carrefour de tous les affrontements culturels et politiques. Ses interventions politiques pour l'indépendance de l'Algérie, ses conflits avec le général de Gaulle et ses prises de position en faveur du tiers-monde lui valurent la reconnaissance de tous les pays qui tentaient de se dégager du colonialisme. Sa relation si originale avec Simone de Beauvoir, son refus du prix Nobel de littérature en 1964, et ses attitudes d'héritier subversif font de lui, dans la tradition française des Voltaire, Hugo et Zola, l'intellectuel français capital de notre époque. Pour le centenaire de sa naissance, la biographe de Sartre, Annie Cohen-Solal, propose une nouvelle lecture de son oeuvre : Sartre, un penseur pour le XXIe siècle."
ANNIE COHEN-SOLAL, une guerrière….
Par CATHERINE CUSSET
À quoi tient une carrière scientifique? Dans le cas d’Annie Cohen-Solal, le hasard semble avoir joué un rôle déterminant. En 1980 sa thèse, Paul Nizan, communiste impossible, a été publiée par Grasset, et elle s’est retrouvée sur le plateau d’Apostrophes, invitée par Bernard Pivot. Elle a été remarquée par l’éditeur américain André Schiffrin, qui, avec une audace tout américaine, il a proposé à la jeune femme d’à peine trente ans, inconnue dans les milieux intellectuels et universitaires, d’écrire la biographie de Sartre qui venait de mourir. En France une telle biographie aurait été commandée à une grosse pointure comme Jean Lacouture ou Pierre-Jean Remy. De toute façon personne en France ne s’intéressait alors à la biographie de Sartre. Shiffrin n’a réussi à convaincre aucun éditeur d’acheter le livre pas encore écrit.
Hasard, peut-être: mais encore faut-il savoir saisir l’occasion aux cheveux. Laissant tomber son projet de livre sur la Kahina, Annie Cohen-Solal a tenté l’aventure et n’a pas démérité de la confiance que lui témoignait Schiffrin: elle a mis trois ans et demi à écrire le manuscrit pour lequel il lui avait accordé quatre ans, et le résultat était si convaincant qu’en 1985 vingt-cinq éditeurs français ont souhaité acheter le manuscrit achevé. Les enchères ont monté. Pour un million de francs, Gallimard l’a emporté, et c’est avec ce manuscrit que la maison Gallimard a commencé sa collection “Biographie.” Le livre a été presque aussitôt vendu dans une vingtaine de pays et Annie Cohen-Solal a commencé une tournée dans le monde entier, qui a duré quatre ans et provoqué dans certains pays une “Annie mania,” tant l’auteur a séduit les media.
En 1989, le hasard a à nouveau joué un rôle décisif dans la vie et la carrière d’Annie Cohen-Solal. Invitée à une émission de télévision en Allemagne, elle a refusé de répondre à la question sexiste du présentateur qui lui demandait si elle aurait pu tomber amoureuse de Sartre. L’échange a réjoui le Chancelier Kohl, qui regardait le débat et pour une fois ne s’ennuyait pas devant le petit écran. Il a envoyé une lettre cérémonieuse à Annie Cohen-Solal et l’a fait inviter à l’Elysée lors d’un passage à Paris, signalant au Président François Mitterrand que l’auteur de la biographie de Sartre était excellente à la télévision. Deux mois plus tard Cohen-Solal, qui habitait alors un petit studio à Maine-Montparnasse, était nommée conseiller culturel à New York, alors qu’elle n’avait jamais fait de diplomatie et jamais occupé de poste dans l’administration. Créatrice, elle s’est retrouvée bureaucrate. Déjà connue de toute la presse américaine, elle avait l’habitude des media et s’est découvert une grande aisance pour le fundraising. Elle a invité Ariane Mnouchkine pour Les Atrides en 1992; elle a fait mettre un minitel dans la café du MoMa lors de l’exposition Matisse, obtenant ainsi que les Américains parlent enfin de la technologie française; elle a facilité le retour des Arts florissants et reçu un BAM award; elle a créé les Centres d’excellence universitaires.