Aux origines du Jazz

 

Dimanche 22 avril 2012

CONCERT-DÉBAT : JAZZ DIXIELAND de New Orleans  à l’HELICON
THÈME : Aux origines du jazz
INVITÉ : CHRISTIAN VERSTREPEN, Médaille d’Or en Saxophone du Conservatoire National de Région de Lille

CHRISTIAN VERSTREPEN s'est produit en France, chez Maxim‘s comme au Moulin Rouge, et aux quatre coins du monde : en Egypte, Afrique, Hollande, Indonésie, au Mexique, aux Etats-Unis, en Tunisie, Grèce, Turquie et ailleurs. Il jouera des morceaux du Jazz Dixieland des années 20 ainsi que du New Orleans Revival des années 50, de Mike the Knife de Louis Armstrong à Petite Fleur de Sidney Béchet en passant par Billie Holliday : « All of me »
Qu’est-ce qu’on appelle en fait le jazz Dixieland, aussi appelé Jazz  de New Orleans » ? Le Jazz Dixieland est le produit de la rencontre de la tradition européenne et africaine. On peut le considérer comme la première "World Music" du 20° siècle. Ce sont les musiciens de la Nouvelle Orléans, ville très métissée, qui l'ont fait connaître au monde entier en s' expatriant à Chicago, puis à New York, et enfin en Europe après la 2e guerre mondiale lors du New Orleans Revival dans les années 40 et 50 .
Le Dixieland qui veut dire « Etat du Sud » s’est surtout développé dans la ville de la Nouvelle Orléans en Louisiane, ancienne colonie française de 1718 à 1803, qui permettaient aux populations noires plus de liberté d’expression que les Etats du Sud. Dans la Nouvelle Orléans il y avait une population métissée de « CRÉOLES DE COULEUR », en fait les descendants des colons, puisque dans la bonne tradition française les colons français avaient engendré des enfants d’abord avec leurs esclaves noires, puis avec les femmes de couleur affranchies. Et ces Créoles de couleur mettaient un point d’honneur à ressembler le plus possible aux colons blancs, y compris dans leurs traditions musicales. Ils apprenaient donc les classiques de la musique occidentale, les danses de salon, la mazurka, la polka, etc. - et le piano. Ils regardaient les noirs un peu de haut. Mais devant la loi américaine ségrégationniste les créoles faisaient partie des « nègres » et ont donc fini par côtoyer les noirs dans leurs parades de rue lors des célébrations de mariage ou de funérailles, les réceptions, les pique-niques ou et les bals populaires. A la Nouvelle Orléans tout était prétexte pour faire la fête, de jouer la musique et de chanter, y compris dans les bordels du quartier de Storyville. Et c’est ainsi que les différents styles de musique se sont mêlés : celui des noirs – à base le blues, de spiritual, de folksongs, et de ragtime – et celui des créoles de couleur à base le folklore européen, de chanson espagnole, ou de marches militaires. Tout cela a fait un joyeux brassage pour fabriquer le jazz Dixieland. Contrairement aux noirs qui vivaient dans des conditions d’extrême pauvreté et le plus souvent bricolaient leurs instruments de fortune et improvisaient leur musique, les Créoles de couleur savaient lire la musique. Ce qui leur était commun c’est qu’ils n’avaient pas accès aux studios d’enregistrement de leur musique qui s’improvisait collectivement dans la rue comme dans les tavernes ou les bordels. Et c’est ainsi que le premier orchestre DIXIELAND a été créé en 1917 par un orchestre exclusivement blanc : l’Original Dixieland Jazz Band. C’est seulement en 1923 que le CRÉOLE JAZZ BAND avec des musiciens noirs dont Louis Armstrong, a pu enregistrer sa musique grâce à son chef d’orchestre Joe Oliver qui mourut dans la misère durant la Grande Dépression des années 30. Son rêve était d’économiser assez d’argent pour pouvoir se payer un billet de train pour New York pour rejoindre certains membres de son ancien orchestre. Il est mort avant.
C’est justement grâce aux enregistrements que cette musique est devenue de plus en plus populaire et que les musiciens sont partis de la Nouvelle Orléans à Chicago et à New York pour jouer partout où on les invitaient : dans des tripots, des restaurants, des bars ou des salles de danse. Certains parmi eux comme Louis Armstrong ou Sidney Béchet ont pu y faire fortune. Louis Armstrong a créé son propre orchestre des Hot Five suivi par les Hot Seven. D’autres comme Joe Oliver n’ont pas survécu à la Grande Dépression entre les deux guerres.
Après la 2e guerre mondiale la tradition du Jazz Dixieland vit son renouveau. Les villes comme Paris et Londres accueillent à bras ouverts les musiciens noirs de New Orleans. Sidney Béchet s’installe d’ailleurs à Paris dans une villa à Garches à l’ouest de la capitale. Louis Armstrong, après quelques passages très acclamés en Europe, retourne à New York. Billy Holiday, elle, au sommet de sa gloire, se noie dans la drogue et mourut à 44 ans, non sans avoir écrit son autobiographie qui a aussi inspiré un film retraçant sa vie tumultueuse