LE CORONAVIRUS EXPLIQUE AUX ENFANTS

EST-CE QUE LE CORONAVIRUS EST ARRIVÉ PAR HASARD ?
Edwige Chirouter

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Article publié le 3 avril 2020.

Question posée Giovanni, 11 ans, de Paris.

Le hasard, il faudrait déjà savoir s’il existe vraiment… Et ça, c’est une question très philosophique car les êtres humains se la posent depuis toujours. La question du hasard nous pose la question de la liberté et de ce qu’on appelle en philosophie le déterminisme. Est-ce que ce qui nous arrive dans la vie est programmé, un peu, beaucoup, pas du tout ? Les machines sont totalement programmées par les humains qui décident à leur place de ce qu’elles doivent faire et quand elles doivent le faire : je peux programmer l’heure de mon réveil et (sauf s’il tombe en panne), je suis sûr·e qu’il sonnera à l’heure programmée : le réveil n’a pas le pouvoir, la liberté, de désobéir et de se mettre en grève. Pas de hasard !
Un animal, c’est déjà un peu plus compliqué. Les animaux sont plus libres que les machines mais pas autant que les êtres humains… Est ce qu’un loup décide de tuer un agneau ? Est-ce que l’abeille choisit de vivre dans une ruche ? Est-ce que le moustique choisit de me 
Est-ce que le coronavirus est arrivé par hasard ?   Pas vraiment, ils obéissent plutôt à leur instinct sans vraiment délibérer et faire des choix . Mais leurs choix ne leur sont pas complètement extérieurs (comme pour les machines), ils n’obéissent à personne d’autre qu’eux-mêmes (sauf s’ils sont dressés par les humains). Et pour les êtres humains alors ? Plusieurs options sont possibles. On peut croire que tout ce qui leur arrive (comme les catastrophes naturelles ou les virus) vient de leur destin. Certaines personnes croient que c’est une intelligence supérieure – les dieux, ou un Dieu – qui choisit de les punir parce qu’ils ne sont pas assez obéissants ou sages. On retrouve cette idée dans beaucoup de mythes grecs ou de textes sacrés, comme l’épisode des sept plaies d’Egypte dans la Bible (où Dieu envoie des pluies de grenouilles et de sauterelles !). On peut donc croire que le virus est comme une punition. Ici pas de hasard. Mais pour adhérer à cette idée, il faut déjà croire que Dieu existe et qu’il a aussi envie de punir et de se venger des humains (ce qui n’est pas très sympa…). Sinon, on peut aussi penser que, contrairement aux machines et aux animaux, ce qui caractérise vraiment les êtres humains c’est justement leur liberté ! Nous avons le choix de décider de notre vie, de la société dans laquelle nous voulons vivre. C’est une très belle idée mais elle implique aussi que nous sommes responsables. On ne peut pas dire : ce n’est pas de ma faute, il faut assumer nos choix et nos actes, justement parce que nous ne sommes pas des machines programmées. 

 Bien sûr, nous sommes quand même par la culture, la famille, dans lesquelles nous avons grandi. Un enfant n’a pas non plus toutes les connaissances pour choisir de façon éclairée (c’està-dire en ayant conscience justement de toutes les conséquences de ses choix). Les adultes choisissent pour leurs enfants, en leur donnant des interdits et des obligations (comme celle d’aller à l’école ou de se brosser les dents). La connaissance et les savoirs sont donc les ingrédients indispensables pour grandir et devenir vraiment libre. C’est la grande différence entre les (qui ne sont pas responsables de leurs actes) et les (qui sont responsables). Mais une fois adulte, quand nous faisons des choix, il faut en assumer les conséquences. Par exemple, peut-être que le virus n’est pas arrivé justement complètement par hasard, mais parce que notre façon de vivre, de consommer, a produit cette maladie et a permis qu’elle se développe très rapidement dans notre monde, peut-être qu’il y a beaucoup de morts car les hôpitaux n’étaient pas assez équipés et que nous n’avons pas mis assez d’argent pour qu’ils fonctionnent correctement. D’une certaine façon, les adultes sont responsables de ce qui nous arrive aujourd’hui. Il faudra très certainement continuer à se poser sérieusement cette question pour que ce type de crise n’arrive plus.

*Edwige Chirouter est également titulaire de la première Chaire Unesco au monde dédiée à la philo pour les enfants.

PHILO : «EST-CE QUE NOUS SOMMES EN GUERRE CONTRE LE VIRUS ?»
Article publié le 10 avril 2020.

Question posée par Julie, 10 ans, Le Mans. Le président Emmanuel Macron a dit que nous étions «en guerre» contre le virus et tu as dû entendre ce mot très souvent dans les médias ou ta famille. Ce mot fait très peur car il évoque de très grandes violences, de l’ permanente, des morts, beaucoup de souffrances. Prenons un peu le temps de réfléchir pour savoir si ce mot terrible de «guerre» s’applique bien à ce que nous vivons aujourd’hui. Le mot «guerre» est employé de façon très générale pour qualifier une bataille, un conflit entre des adversaires ou des ennemis. On peut l’employer dès qu’il y a une bagarre ou même un désaccord entre deux personnes. Dans une cour de récréation par exemple, on peut dire «c’est la guerre entre Myriam et José !», juste pour signifier qu’ils ne s’aiment pas, qu’ils se chamaillent tout le temps. On parle aussi de «guerre économique» quand deux entreprises sont en concurrence et cherchent à gagner à tout prix le marché. Mais dans un sens beaucoup plus strict et précis, une guerre désigne un conflit armé entre deux pays. La France et l’Allemagne par exemple ont été en guerre entre 1939 et 1945. Dans ce cas-là, il Reviens en arrière insécurité L'actu des grands expliquée aux enfants CONNECTE-TOI ABONNE-TOI 10/04/2020 Le P'tit Libé - Philo : «Est-ce que nous sommes en guerre contre le virus ?» https://ptitlibe.liberation.fr/p-tit-libe/2020/04/10/philo-est-ce-que-nous-sommes-en-guerre-contre-le-virus_1784690?fbclid=IwAR3PM7zR2-ic4LGrObRO_C76… 2/8 y a des armées de soldats qui vont se battre, la vie n’est plus du tout comme avant, il y a des lois dites «d’exceptions» qui font que même la vie peut s’arrêter. Une guerre peut être déclenchée entre deux pays parce qu’ils ont un désaccord très fort sur leurs frontières, mais aussi leurs religions par exemple. Tu vois donc qu’il y a à la fois des ressemblances et de grandes différences entre l’état de guerre et ce que nous vivons aujourd’hui avec le coronavirus. La ressemblance : la vie n’est plus comme avant, du jour au lendemain nous n’avons plus le droit de sortir de chez nous, les écoles sont fermées, il faut une attestation pour faire ses courses et nous avons effectivement un ennemi contre qui lutter : la maladie. Mais justement, ce qu’il y a de très différent avec l’état de guerre au sens strict c’est que nous luttons contre un virus et non contre un autre Etat, ou d’autres êtres humains qui cherchent à nous faire du mal intentionnellement. Le virus n’est pas une personne de ce qu’elle fait ! Il ne s’est pas levé un matin en se disant : tiens je vais aller attaquer l’Humanité et tuer le plus de monde possible ! Dire que nous sommes «en guerre» est donc une métaphore, c’està-dire une image pour nous faire comprendre que nous vivons quelque chose de dangereux et d’exceptionnel et que nous allons devoir faire beaucoup d’efforts pour empêcher le virus de se développer. On dit des médecins et des infirmier(e)s qu’ils sont «au front» et en «première ligne», comme s’ils étaient des soldats. Mais nous ne sommes pas en guerre au sens strict. D’abord et surtout parce que nous sommes toujours en temps de paix ! démocratique consciente L'actu des grands expliquée aux enfants CONNECTE-TOI ABONNE-TOI 10/04/2020 Le P'tit Libé - Philo : «Est-ce que nous sommes en guerre contre le virus ?» https://ptitlibe.liberation.fr/p-tit-libe/2020/04/10/philo-est-ce-que-nous-sommes-en-guerre-contre-le-virus_1784690?fbclid=IwAR3PM7zR2-ic4LGrObRO_C76… 3/8 L’ennemi n’est pas un groupe de personnes mais un virus. Même si les règles de vie ont changé le temps de vaincre la maladie, la démocratie continue de fonctionner, le parlement discute des lois, les adultes ne sont pas devenus des soldats mais restent des citoyens et des citoyennes. En plus, toute l’humanité est solidaire : les Chinois nous envoient des masques, des médecins cubains viennent en Italie. Donc notre ennemi ici, ce ne sont pas d’autres êtres humains et nous sommes toujours en paix. On ne peut donc pas dire au sens strict que nous sommes en guerre. En philosophie, il est très important de réfléchir sur le sens des mots et d’être le plus précis possible sur leur utilisation. Alors quand tu entends qu’on est en guerre, tu dois bien comprendre que c’est une image. Et c’est en employant les bons mots que nous sommes le plus à même de bien agir. Donc rassure-toi, nous sommes en temps de paix, les autres humains dans cette crise ne sont pas nos ennemis, bien au contraire. Par contre effectivement, nous devons lutter contre cette pandémie et tu peux être sûr que l’Humanité sera justement assez forte et solidaire pour te permettre de revivre très vite le plus normalement possible : aller à l’école, jouer dehors, revoir tes amis (et même tes ennemis de la cour de récréation !).
*Edwige Chirouter est également titulaire de la première chaire Unesco au monde dédiée à la philo pour les enfants.

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