Let's make money

Jeudi 12 Novembre 2009 à 19 H00

CINE-DÉBAT au Centre d'animation de la Place des Fêtes

LET'S MAKE MONEY d’Erwin WAGENHOFER
INVITÉE: SUSAN GEORGE
 
LES MECANISMES DE LA CRISE VUS AVANT LA CRISE
QUE FONT LES  BANQUES DE NOTRE ARGENT?

SUSAN GEORGE,
Auteure ou co-auteure de quatorze livres, traduits dans une vingtaine de langues. Elle est Présidente du Conseil d'Administration du Transnational Institute à Amsterdam qui se consacre à l'étude des rapports Nord-Sud. Elle est également présidente d’honneur d'ATTAC-France [Association pour une Taxation des Transactions financières pour l'Aide aux Citoyens]. Elle est diplômée de philosophie et docteur en sciences sociales et sciences politiques. Elle a contribué à mener la campagne contre l’AMI, l'Accord Multilatéral sur l'Investissement, et pour le contrôle citoyen de l’OMC, l’Organisation mondiale du commerce.
Ses livres récents sont UN AUTRE MONDE EST POSSIBLE, SI…. (Fayard, 2004), LA PENSÉE ENCHAÎNÉE [Fayard 2007] et NOUS, PEUPLES D’EUROPE (Fayard, 2005).
 
ERWIN WAGENHOFER
est un jeune documentariste autrichien, connu pour son film WE FEED THE WORLD, sorti en 2006, et qui a attiré un million de spectateurs de par le monde. Let’s Make money commence d'ailleurs là où se terminait We feed the world : sur le Mont-Pèlerin, au-dessus du lac Léman, en Suisse. C'est là que se situe le siège mondial de Nestlé, l'un des plus gros groupes agro-alimentaires de la planète. Dans We feed the world, le président de NESTLE lui avait confié son rêve : privatiser l'eau… Pour Let's make money, il est donc retourné au Mont-Pèlerin.
 
C’est surtout le slogan publicitaire des banques: „FAITES TRAVAILLER VOTRE ARGENT!“ qui lui a donné envie de faire ce film. Si notre argent doit travailler quelque part au monde cela signifie que quelqu’un d’autre travaille à notre place, car il n’y a que les hommes ou les animaux capables de travailler. Il a donc voulu voir comment cela se passe dans les pays émergeants comme l’Inde, le Ghana, le Burkina Faso, mais aussi en Europe, à Vienne, où on a vendu le tramway aux investisseurs américains, ou en Espagne, où les immigrés construisent des résidences luxueuses mais vides destinées aux investisseurs étrangers.
Pour citer Erwin Wagenhofer :
« Il y a quelque chose de lubrique dans cette formule « LET’S MAKE MONEY », qui fait penser à une autre expression anglophone : « let's make love ». On imagine très bien un banquier se levant de bon matin avec cette idée gourmande en tête : « Allons faire du fric ! »
Il dit aussi :
« J'ai eu le sentiment d'un immense gaspillage de matière grise. Plutôt que d'employer leur intelligence à régler les problèmes urgents de la planète, les plus gros cerveaux, les gens les mieux formés passent leur temps à se demander comment maximiser les gains en un minimum de temps.
Le plus désolant est bien sûr la MISÈRE des oubliés de la machine à fric.
Involontairement, nous sommes tous responsables de leur misère car c'est bien notre argent, au moins une partie de cet argent, que les banques injectent dans le circuit.
C’est donc tout le monde qui participe à ce système.
Les investisseurs savent bien qu’ils peuvent toujours compter sur une assurance gratuite, celle des épargnants qui paient les pots cassés, et tout le monde y consent.
 
En réaction à ce film les responsables politiques à  Vienne ont commencé à racheter les tramways aux grandes compagnies américaines, dont le documentaire dénonçait la privatisation - évidemment avec l’argent des contribuables.
 
Quant à la question comment sortir de ce système du consentement le réalisateur répond :« Sans la peur de n’avoir pas de quoi vivre les gens seraient moins manipulables. Par conséquent je ne crois pas que le système changera si vite. »
 
 
Extrait d’une interview d’ Erwin Wagenhofer  

Question: Comment avez-vous réussi à faire parler un ancien consultant du gouvernement américain qui avoue d’avoir fonctionné comme „tueur économique“ ?
 
EW: Vous voulez dire John Perkins? C’était simple, puisqu’il a écrit un bestseller, „Confessions d’un assasin financier“, et il était tout à fait disposé à communiquer son savoir-faire. Il n’est pas rare que les personnes qui rendent de tels services aux puissants de ce monde éprouvent ensuite le besoin de se déculpabiliser.
 
Question: Un de vos protagonistes dit „Quand le sang coule dans les rues, les actions chutent, c’est le moment d’acheter“. N’est-ce pas l’aveu que l’appât du gain incite à déclencher des guerres ?
 
EW: Mais c’est connu! La plupart des guerres sont menées pour des intérêts économiques. La guerre en Irak n’est pas une exception.