Marie-Christine BARRAULT

Actrice, auteure

Nièce de Madeleine Renaud et de Jean-Louis Barrault, elle entame une carrière au théâtre en 1965 dans des textes de Max Frish, Corneille, Sarraute, Claudel, Tchekhov, O’Neil, Marguerite Duras…, sous la conduite de metteurs en scène exigeants, Gabriel Garran, Roger Planchon, Raymond Rouleau, Jacques Rosner… Son entrée au cinéma se fait sous la direction d’Eric Rohmer dans « Ma nuit chez Maud » avec Jean-Louis Trintignant et Françoise Fabian avant d’être l’inoubliable interprète de « Cousin, cousine » de Jean-Charles Tacchella qui lui permet d’être nominée pour l’Oscar de la meilleure actrice de l’année 1976. Elle alterne le théâtre, le cinéma (Woody Allen, André Delvaux, Andrzej Wadja…) et la télévision (avec des réalisateurs comme Jean Lhôte, Claude Santelli, Michel Boisrond, Roger Vadim…) où elle incarne des personnages forts adaptés de la littérature et de la réalité tels que Marie Curie ou Jenny Marx. En 2009, elle tourne sous la direction de Christophe Honoré le film « Non ma fille tu n’iras pas danser » aux côtés de Chiara Mastroianni. Elle a créé un spectacle de chansons, « L’Homme Rêvé », au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris et en tournée, et fait paraître un livre aux éditions XO, « Ce long chemin pour arriver jusqu’à toi ». Elle aime de plus en plus travailler en compagnie de musiciens sur des spectacles de toute sorte mêlant musique et texte. Elle a été la dernière épouse de Roger Vadim jusqu'à la mort de ce dernier en 2000.
 

Le Monde Littéraire
On a retenu son souffle dimanche 30 janvier 2011 lors de la lecture de la pièce « Savannah Bay » de Marguerite Duras que les deux comédiennes, Marie Christine Barrault et Guila Clara Kessous nous offraient en avant-première avant leur départ aux Etats-Unis pour un hommage à Jean Louis Barrault. L’association « Rencontres et débats autrement » présidée par Brigitte Patzold, journaliste au « Monde Diplomatique » recevait les deux interprètes avec bonheur dans une salle pleine à craquer mais qui a su observer un profond silence lors de la représentation. Nous avons tous été ainsi le jeu d’une hallucination collective portée par la voix des deux interprètes qui nous ont menés à cette « pierre blanche » de l’oubli, cette plage du « meurtre » de Savannah. Pièce pour deux femmes écrite par Duras en 1982, elle retrace l’incroyable lien qu’il existe entre une jeune-femme et Madeleine, ancienne comédienne qui ne sait que jouer et rejouer l’épisode de la noyade de sa fille de 17 ans. Mais la vision devient floue lorsque soudain Madeleine se trompe de dates, de jours, … Voilà que l’enfant, cet enfant de la noyée ressemble étrangement à cette jeune-femme qui questionne….voilà que Madeleine raconte qu’elle tourne un film…voilà qu’elle dit qu’elle est comédienne : « Oui, comédienne de théâtre, c’est ce que j’étais… Sinon rien ». 

Ode au théâtre, ode à la vie, cette pièce avait été écrite pour Madeleine Renaud qui l’interpréta à l’âge de 83 ans. C’est une Madeleine bien plus robuste et plus jeune que nous propose Marie Christine Barrault qui nous offre ici l’opportunité d’admirer la maîtrise d’un phrasé qui va du plus pathétique au plus loufoque quand elle se moque d’elle-même en tant que comédienne. La jeune femme est brillamment interprétée par Guila Clara Kessous qui déploie des trésors de tendresse vis-à-vis de cette femme plus âgée qui garde jalousement ses souvenirs. Gardons en mémoire ce moment d’émotion intense, le moment du couronnement par les colliers où nous vivons sur une musique de Schubert l’instant fulgurant du passage et de la réconciliation des générations au travers de ces deux femmes qui se refusent à la facilité de l’élégiaque pour prendre cette pièce à bras le corps et en faire un morceau de musique à deux voix…
A la suite de cette représentation unique, la même question courait sur toutes les lèvres : à quand le bonheur d’une production parisienne… ?
 
Laura Beaumont
Journaliste
Monde Littéraire