A qui profite le développement durable ?

Sujet du 16 Octobre 2008

À qui profite le développement durable ?
 
Sylvie Brunel, est géographe, économiste et écrivain, spécialiste des questions de développement. Elle a travaillé pendant plus de quinze ans dans l'humanitaire (Médecins sans frontières, Action contre la faim) et a publié une vingtaine d'ouvrages consacrés au développement, en particulier aux questions de famine. Elle enseigne à Paris IV - Sorbonne.
Sylvie Brunel est agrégée en géographie, docteur en économie et titulaire d’une maîtrise en droit public. Elle était présidente de l’association Action contre la faim (ACF) de 2001 à 2002. En mars 2002 elle démissionne de son poste et publie un roman Frontières, dans lequel elle expose plusieurs critiques de l'humanitaire, en particulier la dérive marchande de certaines ONG.[][] Parmi ses nombreux d’ouvrages je cite seulement quelques titres:
Le Gaspillage de l'aide publique, Seuil, 1993
Le Sous-développement, PUF, « Que sais-je? », 1996
La Coopération Nord-Sud, PUF, « Que sais-je ? », 1997
La Faim dans le monde. Comprendre pour agir, PUF, 1999
Géopolitique de la faim (2001))
Famines et politique, Presses de Sciences Po., 2002)
La Planète disneylandisée. Chroniques d'un tour du monde, Éditions Sciences humaines, 2006
Le Développement durable, PUF, « Que sais-je ? », 2004, nouvelle édition 2007
Un roman paru cette année : Cavalcades et dérobades, éditions Jean-Claude Lattès, 2008 (roman) Puis le livre dont nous allons parler  aujourd’hui :
À qui profite le développement durable ? Larousse, juin 2008
 
Depuis que le développement durable ( DD )est devenu synonyme de BONNE CONDUITE – aussi bien pour les entreprises que pour les politiques - il y a toutes les raisons du monde de creuser le problème. C’est ce qu’a fait S. Brunel avec son petit livre qui est une pavée dans la mare des idées politiquement correctes.
D’emblée elle s’oppose à une vision idéalisée ou mythifiée de la NATURE dans laquelle l’homme ne serait qu’un parasite.
Cependant il n’existe pas de nature que l’homme n’aurait pas transformée. LA PLANÈTE n’existe pas indépendamment de l’homme . Et la finalité de nos actions doit donc être HUMAINE.
Ou faut-il sauver la planète plutôt que l’humanité ?
Dans cette optique, S. Brunel réhabilite le développement, maître mot après la 2e Guerre Mondiale, et dont les pays pauvres ont toujours cruellement besoin, alors que les pays riches – après 20 années de mondialisation - misent désormais sur le DD.
 
Mais ce DD, demande S.Brunel, ne sert – il pas de prétexte au PROTECTIONNISME des pays développés face aux pays du Sud ? Est-ce qu’il ne sert pas de paravent à la défense des intérêts des pays riches face aux pays pauvres ?
Elle constate par ailleurs que le capitalisme a parfaitement digéré l’écologie. Cette nouvelle manne a ouvert de NOUVEAUX MARCHÉS, de nouveaux débouchés pour de nouvelles technologies.
 Le WWF créé d’ailleurs par le laboratoire pharmaceutique Hoffmann La Roche l’a bien dit : « 
CE QUI EST BON POUR LA NATURE EST BON POUR LES AFFAIRES ! »
Le capitalisme adore l’écologie, écrit-elle. La peur du RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE lui a d’ailleurs déroulé un tapis rouge en engendrant une véritable « Bulle verte »
Les ONG qui surfent sur cette vague verte -elle les appelle les « lessiveuses de mauvaise conscience » - sont très courtisées par les entreprises qui rivalisent dans le « GREENWASHING », le BLANCHIMENT ÉCOLOGIQUE.
Il y a d’ailleurs beaucoup de néo-convertis au DD, de Schwarzenegger à Michael Bromberg, le maire de N.Y., en passant par Georges Cloony ou Di Caprio, Nicolas Hulot ou Arthus-Bertrand, sans parler des PDG des grandes multinationales, mués en prophètes de l’écologie et de l’éthique pour mieux vendre leurs produits et améliorer leur image de marque.
Parmi les défenseurs du DD il y a les partisans d’une durabilité faible ou forte, selon qu’ils ont confiance dans les techniques et l’inventivité de l’homme.
Les partisans d’une durabilité faible croient qu’un fleuve pollué peut être dépollué,
Une forêt dévastée peut être replantée,
La biodiversité peut être ré-introduite par l’homme.
Les partisans d’une durabilité forte prônent au contraire la DÉCROISSANCE ou la sauvegarde des espaces naturels. Une grande partie de l’Afrique est ainsi mise sous cloche par la création de PARCS NATURELS au détriment des populations locales interdites de culture, de chasse et de déplacements (comme les Touaregs ou les Massaïs).
L’homme écologique se prend souvent pour TARZAN, le Dieu des forêts, seigneur de la jungle, personnage inventé en 1912 par Edgar Rice Bouroughs , qui sauve la faune et la flore au nom du mythe d’un PARADIS PERDU.
On oublie cependant que tout espace naturel laissé à lui-même sans action volontariste de l’homme, est vite envahi par une faune et une flore invasive.
L’autre mythe de certains écologistes serait celui d’un âge d’or des sociétés traditionnelles, modèles de SAGESSE et d’HARMONIE, alors que les dominants des castes supérieures y exploitaient sans vergogne les dominés des castes inférieures, les femmes et même les enfants.
 
Pour les nouveaux prédicateurs verts le grand COUPABLE de l’épuisement des ressources naturelles de la planète est l’homme moderne occidental.
Il est coupable de polluer, de sur-consommer, de se chauffer, de rouler en voiture, de prendre l’avion.
Pour se déculpabiliser il faut donc acheter VERT, à savoir VERTUEUX, Rouler en vélo, Voyager bio,Se marier bio, Mourir bio (il y a des cercueils adéquats pour ça)
Même le divorce est considéré comme écologiquement incorrect, parce qu’il double les lieux de vie, les déplacements et les équipements.
Autre manière de se racheter de ses péchés écologiques c’est de faire des DONS aux victimes de catastrophes climatologiques ou autres..
Il ne faut pas être pauvre pour être un bon éco-citoyen et vivre BIO .
Vous l’avez compris, S. Brunel n’est pas tendre avec les partisans d’un retour à la nature qu’elle accuse d’une vision régressive de l’humanité.
Mais pour finir elle concède quand même un grand mérite au Développement Durable, c’est d’avoir introduit la DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE en favorisant l’INFORMATION et la CONSULATION de l’opinion publique.
Et avec nos cafés-débat interactifs avec des invités de marque qui sont à l’écoute et dans l’analyse du temps présent, nous nous inscrivons pleinement dans le courant de la démocratie participative.