Art et Argent

Vendredi 16 mai 2014 à 19H Café Société
Médiathèque Ste Geneviève des Bois
INVITÉE : Christine SOURGINS
THÈME : L'ART ET L'ARGENT – DES  LIAISONS DANGEREUSES ?

Bienvenus à ce nouveau café de société  avec notre invitée Christine SOURGINS, historienne de l'art, ex-conférencière au Louvre et auteure de  “Les mirages de l’art contemporain” (Editions de la Table Ronde, 2005), un livre corrosif et révélateur qui explique le « ex » - conférencière du musée du Louvre. Quand on veut faire partie de la nomenclature on a intérêt à bien se tenir en s’abstenant de critiquer l’institution. C’est un livre qui ne m’a pas lâché jusqu'à la fin, écrit avec un style dynamique et ironique et qui fourmille d’exemples concrets sur cette liaison dangereuse entre l’art contemporain et l’argent de l’Etat, à savoir de nous tous. C.S. révèle un système mercantile basé sur le clientélisme et affirme même que Beaubourg peut être considéré moins comme centre d’art que comme une place boursière. Certains chiffres sont d’ailleurs révélateurs. En France il y a 20.000 plasticiens et 22.000 fonctionnaires culturels ! Autrement dit on applique le système des chaises musicales : l’artiste devient fonctionnaire/expert ou le fonctionnaire devient artiste. Voilà ce qui explique entre autres cette relation incestueuse, sans parler des galéries d’art en étroite relation avec les musées. C’est un monde “entre-soi”.
L’auteure remonte au célèbre «Urinoir» de Marcel Duchamp qui en quelque sorte et avec ironie a initié cet art de la transgression qui va de l’excrémentisme high-tech exposé au Musée d’Art Moderne à l’exposition d’un camp de concentration en Lego en passant par celle de la langue d’un punk défunt. On finit par se demander si l’art est une entreprise de spectacle de divertissement, divertissement de masse de préférence. l’AC (= Art Contemporain) est comparé à un “BUSINESS qui tient du CASINO et de la BOURSE”.
QUESTIONS : Comment êtes-vous arrivée à un tel constat ?
- Pour vous l’AC est basé sur la transgression, le relativisme, la subjectivité, le pulsionnel et l’amour du VIDE – comment expliquez-vous ce nihilisme de l’AC ?
- l’AC participe-t-il  volontairement à « l’anesthésie de la pensée et des masses » comme vous dites ?
- Lorsque la Fondation Cartier expose la destruction des Twin Towers à New York comme dans un peep show – pourquoi cela ne pourrait pas faire réfléchir ?

ANNONCE
Peut-être vous vous demandez si l’art du multi-millionaire Jeff KOONS, l’artiste-le-plus-cher-du-monde, avait sa place au Château de Versailles (coût de l’exposition: 1,9 millions d’euros) ; Si « l’excrémentisme high-tech » d’un Delvoye ou « l’excrémentisme artisanal » d’un Bouillon ont vraiment leur place dans nos églises ou au Musée d’Art Moderne ; Pourquoi exposer une langue humaine devient œuvre d’art; Ou encore si vraiment il convient de dépenser des sommes folles pour une toile blanche (le Carré blanc dont Yasmina Reza fit sa fameuse pièce de théâtre: ART).
S’agit-il de l’art ou d’un « foutage de gueule » financé avec l’argent public ? N’est-ce pas précisément Jeff KOONS qui prétend «éduquer les classes populaires … pour leur donner une chance de s’exploiter elles-mêmes» ?
La gestion de l’art par la bureaucratie ou une nomenclatura qui fait la pluie et le beau temps, réserve en effet des surprises. Il est admis que la vocation des aides de l’Etat est de « favoriser la création même mauvaise … »  «  Comment alors s’étonner que Beaubourg soit considéré moins comme un Centre d’art que comme une place boursière ? » (p.108 de « Les mirages de l’Art Contemporain »)

«La transgression de l’art devient l’art de la transgression», écrit Christine Sourgins en commentant bon nombre «d’œuvres » souvent achetées à grand frais avec l’argent public. Ce système fondé sur le clientélisme a une dimension très mercantile. En procédant à la « vidange des valeurs », il cherche à éradiquer tout ce qui s’opposerait à la loi du marché.
A la suite du devenu  célèbre "urinoir" de Duchamp, l'auteure cite des exemples frappants: casser un piano, faire le procès des  chaises,  exposer la langue d’un punk défunt, montrer le pape écrasé par une  météorite, exposer un camp de concentration en Lego... Pourquoi ce nihilisme destructeur financé avec l'argent public?