Frédéric LORDON

Directeur de recherche au CNRS et chercheur au Centre de sociologie européenne (CSE). Depuis la crise il participe au Manifeste des économistes atterrés.

Il est diplômé de l'École Nationale des Ponts et Chaussées et de l'Institut supérieur des affaires, puis docteur en sciences économiques à l’EHESS. Mais il est  aussi philosophe, tout  au moins SPINOZISTE.  Il réinterprète le conatus de SPINOZA, à savoir l’intérêt à soi et la puissance d’agir,  pour le réintroduire dans les rapports sociaux. Autrement dit il voudrait faire réagir les citoyens et “augmenter leur puissance d’agir “.

Il fait sienne la formule de Michel Foucault « la politique est la guerre continuée par d'autres moyens » et non comme dit Clausewitz : « la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens ».

Ouvrages de Frédéric Lordon sur la crise actuelle

· Jusqu'à quand ? Pour en finir avec les crises financières, Paris, Editions Raisons d’agir 2008
· La crise de trop - Reconstruction d'un monde failli, Paris, Editions Fayard 2009
·
Capitalisme, désir et servitude. Marx et Spinoza, La fabrique, 2010
· D'un retournement l'autre. Comédie sérieuse sur la crise financière. En quatre actes, et en alexandrins, Paris, Seuil, 2011
· L'intérêt souverain - Essai d'anthropologie économique, Paris, La Découverte, 2011

 D’un retournement l’autre"est une comédie mais aussi une farce sinistre qui dresse un portrait dévastateur de notre élite.
La crise contée en alexandrins: Frédéric Lordon, économiste rebelle, prend la plume pour se faire entendre
L’impossibilité de critiquer le système libéral l’a mené au théâtre

Lors du paroxysme de la crise, en automne 2008, il est sidéré » par l’ampleur du cataclysme. Et puis… rien. L’Etat a sauvé les banques et le système a repris sa folie. Mais dans toute cette histoire, ce qui a le plus choqué Frédéric Lordon, c’est l’impossibilité de critiquer le système libéral, surtout dans les médias. Il appelle cela « l’immunité du système à toute infirmation du réel ». Il lui fallait emprunter une autre voie que celle du discours et il a choisi celle du corps : le théâtre. Pour toucher chacun d’entre nous et expliquer, dans une comédie tragique, les enjeux de notre crise.

Il démonte tout : de la crise des subprimes au déficit public

On pourrait croire une telle démonstration fastidieuse mais non : d’un bout à l’autre de la pièce on rit… jaune. Car bien sûr, c’est de l’absurdité de notre modèle économique qu’il s’agit. Il dresse un portrait féroce et avisé des banquiers qui, acculés, vont se tourner vers l’être qu’ils ont le plus haï jusque-là : l’Etat. « Nous ne pouvons mourir car moi j’en connais un pour qui notre trépas annoncerait le sien » assène un argentier cynique. Et hop ! Le voilà, avec ses compères, dans le bureau de Sarkozy, pour implorer son aide. Lequel saisit cette occasion de sauver l’humanité en même temps que les banques et pourquoi pas lui-même. On connaît la suite, ici contée en alexandrins dans la bouche d’un banquier qui s’adresse à l’Etat : « Vos déficits s’amassent, sont pyramidaux, et mettent en péril la solvabilité de titres nationaux autrefois réputés ». Nous y sommes : crise de la dette et bientôt, pourquoi pas, celle de l’euro.

Son fantasme : que le peuple se soulève

Enfin, c’est le fantasme de Frédéric Lordon qui avoue attendre chaque matin que le peuple se soulève. Là, il quitte le domaine du réel pour entrer dans celui de la fiction : « La société est très calme et les corps sociaux sont très dociles » constate-t-il avec regret. Car enfin, se demande l’économiste, quand est-ce que la farce qu’il a écrite prendra fin ?