J'ai très mal au travail

Sujet du 25 Avril 2008 CINE DEBAT AUTREMENT 

Le Film J’AI TRES MAL AU TRAVAIL
 
Nos Invités : Jean-Michel CARRE et Serge VOLKOFF
 
Nous sommes heureux de recevoir pour la première fois dans ce café débat un réalisateur, JM CARRE dont le film que vous venez de voir est l’aboutissement de 40 ans de carrière, en compagnie du chercheur S. VOLKOFF, chercheur au Centre d’Etudes de l’Emploi. Tous deux sont passionnés par le TRAVAIL, cet « obscur objet de haine et de désir » Le film s’inscrit en droite ligne dans nos précédents débats avec trois auteurs de best-sellers, le psychanalyste Christophe DEJOURS, auteur de « SOUFFRANCE EN FRANCE »,  Marie France HIRIGOYEN, auteure de « HARCÈLEMENT MORAL », qui a réussi à faire entrer cette notion dans le code du travail, et Corinne MAIER, auteure de « BONJOUR PARESSE » qui s’est fait licencier chez EDF suite à la parution de son livre où elle prône le désengagement à l’intérieur de l’entreprise : Ne cherchez pas du sens à votre travail, faites-en le moins possible et contentez-vous à encaisser votre paye à la fin du mois.
Si seulement c’était si simple ! Le hic dans l’affaire est que l’homme a besoin de RECONNAISSANCE . L’être humain est un être social qui a besoin de se sentir utile. Cette reconnaissance peut passer par l’amour – ce qui est plus rarement le cas à l’époque des divorces et du grand chamboulement des relations familiales – ou précisément par le Travail.
Une enquête récente a montré que le travail vient en deuxième position comme condition du BONHEUR devant la famille, l’argent et l’amour (et après la santé).
 
Le manque de reconnaissance sociale est un facteur de déséquilibre psychique pour les chômeurs. Par conséquent on fait tout pour garder son emploi, et pas seulement pour la fiche de paye, mais aussi pour se sentir intégrés dans un processus social. Et pour cela on est prêt à tout, à se désolidariser de ses collègues et à accepter de plus en plus de pressions de la part de ses supérieurs hiérarchiques.
On est donc dans ce que C. DEJOURS appelle la servitude volontaire et on tolère toutes sortes d’aggravations des conditions du travail par PEUR de perdre son emploi. Et aujourd’hui tout le monde a PEUR, de bas en haut de l’échelle hiérarchique. Les cadres eux aussi ont découvert qu’ils sont des salariés kleenex, jetables et interchangeables à merci. Car les nouvelles méthodes de management avec leurs évaluations individuelles sont basées sur le principe du DIVISER POUR MIEUX RÉGNER. C’est la loi du chacun pour soi et de la DÉSOLIDARISATION.
On en arrive même à demander aux syndicalistes de se taire par peur de licenciement. Et si autrefois les ouvriers shuntaient les machines pour permettre aux vieux et aux malades de tenir les cadences, aujourd’hui les travailleurs ZÉLÉS ont tendance à les augmenter pour fabriquer plus de pièces que les autres et être bien notés dans l’éventualité d’un plan social.
 
Il est vrai que le travail est à la fois objet de haine et de désir. Haine parce qu’on souffre de pressions de plus en plus fortes ; désir, parce qu’on s’identifie, qu’on le veuille ou non, aux objets fabriqués, que ce soit une cafetière, une voiture ou un avion. On est fier de faire partie d’une entreprise prestigieuse, de se sentir utile – même au prix de participer au TOUJOURS PLUS d’une croissance fatale pour la planète.
 
Nous sommes donc pris dans un processus de FORMATAGE tout-puissant qui nous fait travailler pour consommer selon l’injonction :TRAVAILLE, TAIS-TOI et CONSOMME - autrement dit qui nous fait perdre notre vie en la gagnant.
 
C’est seulement une prise de conscience de ce cercle vicieux qui peut nous faire résister au formatage. Provoquer une prise de conscience c’est certainement aussi l’objectif de ce film qui est le résultat d’un an d’enquêtes et l’aboutissement de quarante ans de carrière comme réalisateur de formidables documentaires comme celui sur les mineurs gallois - CHARBONS ARDENTS - qui ont racheté leur mine qu’ils exploitent en autogestion. Voilà un exemple comment on peut donner du sens à son travail, une réponse positive donc au tableau noir des réalités montrées dans J’AI TRÈS MAL AU TRAVAIL.