L barbarie de l'indifférence

Café Philo Autrement le 15 sept. 2007 

Sujet : LA BARBARIE DE L’INDIFFÉRENCE ?
 
INVITÉE : MICHELA MARZANO, auteure de LA MORT SPECTACLE, ENQUÊTE SUR L’HORREUR-RÉALITÉ, édit. Grasset, 2007
M.M. est spécialiste du CORPS et de la PORNOGRAPHIE ( MALAISE DANS LA SEXUALITE), etc.
 
Michela MARZANO constate de plus en plus de violence dans les mises en scènes de la mort filmées et mises sur internet : TORTURE, VIOL , HUMILIATION.
L’INDIVIDU EST RÉDUIT À UNE CHOSE.
Comment passe-t-on de la pornographie à l’enquête sur l’horreur spectacle des DECAPITATIONS filmées en direct et circulant librement sur Internet ?
Le Phénomène prend de l’ampleur en 2004 avec les vidéos macabres des groupes islamistes sur les égorgements de leurs victimes prisonniers en IraK ou en Afghanistan.
On est donc passé de la FICTION à la REALITÉ. Le sites internet indiquent des milliers de visiteurs qui sont en augmentation constante.
Parallèlement on assiste à une multiplication des forums de discussion autour de ces vidéos. Les jeunes passent des heures à en discuter et à se vanter d’avoir vu le spectacle le plus cruel. Il y a SURENCHÈRE de l’Horreur.
La question est quelle vision de l’Homme ont ces spectateurs et blogueurs, alors qu’ils vivent dans une société qui célèbre les DROITS DE L’HOMME ?
Tout indique que ces images sont construites sur un arrière fond de haine, HAINE DE SOI ET DE L’AUTRE,
et que le spectacle de la mise à mort d’une VICTIME par ses BOURREAUX engendre l’ACCOUTUMANCE et pire l’ADDICTION à l’horreur.
On est dans la BARBARIE DE L’INDIFFÉRENCE.
Le HAPPYSLAPPING ou LA CLAQUE JOYEUSE
Parallèlement à ces vidéos de l’horreur en direct s’est développé le phénomène de LA CLAQUE JOYEUSE..
Le HAPPY SLAPPING a fait son apparition en Angleterre il y a 4/5 ans et a ensuite pris de l’ampleur en France.
Il s’agit de passages à tabac « récréatifs » allant jusqu’au viol et au meurte (à Londres en 2005). Les agressions des victimes apparemment choisies au hasard sont filmées par téléphone-portable ou caméra.
En France en 2007 on compte 1 cas par semaine. Lorsqu’on interroge les jeunes sur leurs actes ils disent qu’ils voulaient s’amuser. C’est pour le FUN, le divertissement. De toute évidence le plaisir consiste dansL’HUMILIATION de la victime et le sentiment de POUVOIR sur l’autre qu’on peut en tirer. Toute IDENTIFICATION avec la victime - à savoir la COMPASSION - est abolie.
On peut objecter à ces phénomènes de société que l’horreur-spectacle a toujours existé et citer pour preuve LES JEUX DE CIRQUE à ROME ou les EXÉCUTIONS en public de l’ancien régime.
La différence c’est qu’avec ces NOUVELLES TECHNOLOGIES la frontière entre FICTION et REALITÉ est abolie et avec la possibilité de se passer ces vidéos en cachette et en boucle elles engendrent l’ACCOUTUMANCE et donc la BANALISATION de tels spectacles.
La SENSIBILITÉ s’ÉMOUSSE et crée la demande ou le besoin de plus en plus de VIOLENCE.
QU’en disent les PHILOSOPHES ou AUTEURS-PENSEURS?
Déjà MONTAIGNE le constate :
« Après la mise à mort des animaux on en vient aux hommes et aux gladiateurs » . Ce qui le fait douter de l’humanité dans l’homme.
«  La nature, je le crains, a donné à l’homme un penchant à l’INHUMANITÉ. »
Pour FREUD la Barbarie est partie intégrante de l’Homme et est une PULSION indestructible.
Elle ne peut être endiguée que par Le DÉGOÛT la PUDEUR et la COMPASSION.
Seulement la compassion n’est pas une donnée acquise.. On peut la perdre ou jamais l’acquérir, c’est une question d’éducation.
SIMONE WEIL, rescapée des camps de concentration nazis, considère elle aussi la Barbarie comme un trait permanent et universel de la nature humaine qui ne se laisse maîtriser que par la raison.
Du côté des acteurs du génocide nous avons le témoignage du nazi Franz STANGL, chargé de la construction d’un camp en Pologne qui avoue qu’on peut s’habituer à la liquidation d’êtres humains du moment qu’on les traite comme « UNE CARGAISON » et qu’on oublie qu’il s’agit des hommes.
C’est donc la RÉIFICATION de l’homme qui abolit toute COMPASSION.
Nous assistons presque au même mécanisme de l’IMPASSIBILITÉ et de l’INDIFFÉRENCE de la part des ACTEURS comme des SPECTATEURS de ces mises à mort.
La barbarie des exécutions appelle celle des voyeurs et addicts du spectacle.
D’un côté la réduction de l’homme à une bête qu’on égorge aux longs couteaux ce qui rappelle bien sûr les sacrifices rituels.
De l’autre la demande de plus en plus de VIOLENCE de la part de ceux qui sont en manque d’excitation.