L'espoir

Sujet du samedi 17 Mai 2008

L’ESPOIR : PIEGE OU MOTEUR D’ACTION ?
Espérer fait-il languir ou agir ?
Notre invité : Raphaël ENTHOVEN, philosophe, auteur de "Un jeu d'enfant, La Philosophie" (Fayard 2007)
Raphaël Enthoven a choisi de nous parler de l’ESPOIR aujourd’hui.
 
Pour le présenter brièvement on peut rappeler qu’il est normalien, agrégé de philosophie, maître de conférences à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, ancien conseiller de la rédaction de Philosophie Magazine, dans lequel il tient la rubrique "Epoque".
A FRANCE CULTURE - après avoir été animateur des « Vendredi de la philosophie » et d'une émission hebdomadaire consacrée à la politique - il présente depuis 2007 une émission quotidienne de philosophie « les Nouveaux Chemins de la Connaissance", tous les soirs à 19.30 h.
"Un jeu d'enfant- la Philosophie" est son premier ouvrage.
Le thème d’aujourd’hui est donc l’ESPOIR – l’espoir qui pour SPINOZA fait partie des joies de l’existence, et l’ESPOIR qui inspire son humanisme à CAMUS - en dépassant l’absurdité de l’existence - mais aussi l’ESPOIR qui pour les GRECS était le plus terrible des maux sortant de la boîte de Pandora (basée sur la PEUR et conduisant à la PASSIVITÉ).
Espérer fait partie de notre vocabulaire de tous les jours. On dit bien: “J’espère que tout ira bien”. Puis on peut croiser les doigts – la tentation du fatalisme - ou alors on peut tout faire pour que tout aille bien. L’espoir peut être fataliste (recours à la transcendance d’une autre vie) ou augmenter notre puissance d’agir.
Aujourd’hui les vendeurs d’espoir et de bonheur sont omniprésents. Nos Espoirs – et même nos rêves – sont accaparés et conditionnés par la CONSOMMATION. La publicité nous vend l’espoir de BONHEUR, de PERFORMANCE, de BEAUTÉ éternelle (P. ex. le dernier slogan d’Yves Rocher: LIBERTÉ, EGALITÉ ... et BEAUTÉ pour TOUS). Mais nous nous apercevons bien vite que l’espoir ainsi vendu est un LEURRE, car nous ne devenons ni plus heureux, ni plus forts, ni plus beaux même en achetant le dernier gadget à la mode.
Voilà pour l’ESPOIR PIÈGE.
Quel est donc cet espoir qui serait mobilisateur aujourd’hui?
Sans l’ESPOIR de s’en sortir un jeune de la banlieue ne ferait pas l’effort de s’investir dans ses études et probablement sombrerait plus vite dans la drogue ou deviendrait mafieux.
Pour un jeune des beaux quartiers l’espoir est plus facile. Mais là encore l’espoir peut être mobilisateur – je travaille bien à l’école pour avoir un bon job – ou alors j’ESPÉRE que papa fera jouer ses relations pour moi. Et dans ce cas l’espoir induit la passivité.
 
Il faut dire que dans les lectures sur l’ESPOIR on tombe plus souvent sur le DÉSESPOIR que l’ESPOIR. Pourtant on dit :
“L’espoir fait vivre”, et il est connu que c’est le désespoir qui pousse au suicide. Mais justement pas toujours. Car propager le désespoir semble garantir au contraire la longévité, comme l’a montré cette belle étude de Nancy Huston « Les “PROFESSEURS DE DÉSESPOIR” qui sont nos grands pessimistes notoires tels que le philosophe allemand Arthur Schopenhauer et ceux qu’il a inspiré comme l’Irlandais Samuel Beckett, l’Autrichien Thomas Bernhard, le Roumain Emil Cioran et bien d’autres encore. Tous ont propagé le désespoir dans leurs ouvrages, ce qui ne les a pas empêché de vivre très longtemps. Donc l’ESPOIR fait vivre , mais le DÉSESPOIR aussi - à condition d’en parler et d’en faire une profession qui vous garantit une notoriété. Ce qui est frappant c’est le succès de ces idées noires qui font apparemment écho chez les lecteurs, vu leur succès au-delà des frontières. Certains parmi ces propagateurs du désespoir ont même eu le prix NOBEL (S. Beckett, Imre Kertesz, E. Jelinek). Et le succès des romans de Michel HOUELLEBECQ – « Extension du domaine de la lutte » etc. est peut-être aussi un signe prophétique que notre époque est en crise.
Mais il convient tout de même de finir sur quelques notes d’ESPOIR. C’est le poète allemand HÖLDERLIN qui a dit à propos de la crise de son époque du 19e siècle « LÀ Où MONTE LE PÉRIL CROÎT AUSSI CE QUI SAUVE» C’est l’ESPOIR mis dans la dialectique des forces contradictoires en présence.
Et plus près de nous dans le temps on peut quand même se réjouir p.ex. d’une certaine prise de conscience écologique. N’y a-t-il pas eu un nouveau Grenelle de l’ENVIRONNEMENT ?
Autre facteur d’espoir (peut-être pas pour tout le monde):
Selon un sondage récent 72% des Français estiment qu’un nouveau MAI 68 serait souhaitable.
Et après tout si vous êtes là aujourd’hui avec nous c’est que vous avez envie d’avoir de l’ESPOIR et peut-être aussi d’essayer de penser par vous-mêmes. Le sens des Cafés Philo est de faire prendre conscience que tout le monde peut participer à la marche du monde, ce monde qui est tout de même une construction humaine, à savoir une construction à laquelle nous participons tous. Il s’agit aussi de prendre conscience que tout le monde peut être philosophe en apprenant à penser par soi-même et à se dé-formatiser, quel meilleur moteur d’espoir et d’action ?