La pilo dans les séries TV

Samedi 31 mars à 10H30
Médiathèque Anne Fontaine, Antony

THÈME : PHILOSOPHIE DES SÉRIES DE TV
QUE DISENT LES SÉRIES TV DE NOTRE SOCIÉTÉ ?

INVITÉ :
Thibaut DE SAINT MAURICE, auteur de « PHILOSOPHIE EN SÉRIES » , 2 tomes
Enseignant la philosophie, Thibaut de Saint-Maurice a eu l'idée géniale d'accrocher l'attention de ses élèves en décortiquant les séries télévisuelles sous l'angle  philosophique et sociétal. Un façon de désacraliser la philosophie en la mettant à la portée de tous. Une façon de détecter dans les séries les problèmes de notre société.

Pourquoi ne pas regarder la télévision Autrement ?
Vous pouvez imaginer un rapport entre les séries télévisuelles et Descartes ou Comte-Sponville ?
Entre la série  
Desperate Housewives et Schopenhauer ?
Entre
Dr House et Socrate ?
Entre
Dexter et Aristote ?
Chaque série télévisuelle pose en fait un problème sociétal et philosophique, il suffit de le déceler. Les séries TV sont certes un divertissement mais qui en dit long sur notre société.
Desperate housewives pose le problème du
bonheur,  Dr House celui de la vérité, Mad  Men propose une réflexion sur les rapports entre les hommes et les femmes.
Que vous soyez « accro» des séries ou non,  apprenez non seulement à regarder la télévision autrement mais aussi à philosopher AUTREMENT - ce qui est d’ailleurs le credo des Rencontres et Débats Autrement.
 
Thibaut de Saint-Maurice raconte dans son livre comment un vendredi après-midi pendant son cours de terminale il essaie désespérément d’accrocher l’attention de ses élèves à son cours de philosophie sur le concept du raisonnement expérimental. Il lui faut trouver un exemple qui leur parle. Puis il a l’idée géniale de leur parler de Dr House. Tout le monde connaît Greg House, le héros de la série qui passe sur TF1, et en un clin d’œil les élèves ont compris ce que c’est que le raisonnement expérimental: formuler une hypothèse et de la vérifier par l’expérience comme le fait Greg House. Il a suffi de partir d’une histoire qu’ils connaissent pour illustrer un concept philosophique. On reproche souvent à la philosophie d’être trop abstraite et déconnectée du réel. Alors pourquoi ne pas se servir des séries TV pour enseigner? D’autant plus que les séries parlent de notre société et posent aussi les problèmes de morale, de liberté, d’égalité, d’engagement, de pouvoir, de devoir... Il suffit de les décortiquer et de les soumettre à la discussion critique. C’est une façon de mettre la philosophie à la portée de tous et de regarder la télévision autrement.
 
Prenons comme exemples deux séries américaines et deux séries françaises :
Desperate Housewives traite de l’ennui des femmes mariées et de leur rêve de bonheur déçu, parce que la société de consommation et ses biens matériels ne rendent pas heureux. Pour analyser leur malaise on peut bien sûr convoquer le pessimiste Arthur Schopenhauer, mais aussi le Dr Freud ou SPINOZA avec ses « passions tristes » et « joyeuses » et son concept du « conatus », cette puissance d’agir, qui manque le plus à ces femmes au foyer isolées dans leur résidences californiennes confortables.
 
MADMEN est une série à succès qui joue dans les années 60, juste avant les bouleversements de 68, à une époque où les hommes étaient encore « de vrais hommes » et les femmes « de vraies femmes » préoccupées avant tout de plaire aux hommes en possession de tous les pouvoirs. En machos patentés ils se font servir par leurs secrétaires dociles ou leurs épouses soumises. Thibaut de Saint-Maurice convoque alors Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient » ainsi que Pierre BOURDIEU et son livre « LA DOMINATION MASCULINE ». Les auteurs de la série semblent poser un regard nostalgique sur cette époque révolue avant 1968. Un débat s’impose alors sur la différence entre le sexe et le genre et la question de savoir si nous sommes déterminés par notre sexe biologique ou si le genre est une simple construction sociale.
 
Quant aux séries françaises elles abordent bien sûr des thèmes typiquement français : le sexe avec « Pigalle, la nuit » ou la liberté avec « Un Village français » sous l’occupation allemande.
Le « roi de Pigalle » règne sur son Sexodrome avec les filles stripteaseuses, mais aussi sur ses propres filles. Belle occasion pour Thibaut de Saint-Maurice pour parler de l’inceste, interdit universel respecté dans toutes les sociétés – y compris à Pigalle - et des systèmes d’échanges définis par Claude LÉVI-STRAUSS. L’anthropologue français serait peut-être étonné que sa théorie s’applique même à Pigalle pour expliquer les échanges, celles des femmes et d’autres biens.
La série « Un Village français » pose la question de la LIBERTÉ de choix chère à SARTRE. Sartre a vécu sous l’occupation allemande. Dans «l’Être et le Néant» il écrit que nous sommes « condamnés à être libre » et donc obligés à faire des choix. L’homme, seul être conscient, ne peut se soustraire à sa liberté d’agir et de choisir.
 
Que vous soyez «accro» des séries ou venus pour l’intérêt que vous portez à la philosophie, dans tous les cas ces 2 tomes de « Philosophie en séries » sont une vraie découverte. On est surpris de découvrir autant d’idées dans des séries TV qui relèvent de l’industrie de divertissement.
 
Question : Est-ce que certains académiciens trouvent que c’est une manière de « désacraliser » la philosophie en l’enseignant à votre façon qui fait appel à une culture de divertissement ?