La voie

Mercredi 4 mai 2011

INVITÉ :  Edgar MORIN

Espace Jean Dame, 17 rue Léopold Bellan, Paris 2è

Nous sommes très heureux de recevoir E.Morin, grande figure de la PENSÉE COMPLEXE,  à l’occasion de la publication de son dernier ouvrage LA VOIE. POUR L’AVENIR DE L’HUMANITÉ.

Edgar Morin est né en 1921, il y a presque un siècle. A l’âge de 20 ans, il s’engage dans  la Résistance, et en même temps au parti communiste français, dont il est exclu d’ailleurs en 1951 pour résistance au stalinisme. La même année, 1951 donc, un poste de recherches en sociologie se libère et il devient chercheur au CNRS. Mais comme il dit, il n’y a jamais fait carrière, il a mené sa vie.

Dès l’âge de 9 ans un traumatisme marque sa vie pour toujours : le décès prématuré de sa mère, traumatisme d’autant plus fort qu’on lui  cache cette mort pendant quelques jours. Ce chagrin inconsolable l’a sans doute conduit à idéaliser les femmes et surtout l’amour et, plus tard, l’a tourné vers l'idée matricielle de la planète, la Mère-Patrie ou la Mère-Terre, vers une pensée écologique.

Si vous voulez avoir une idée de sa vie lisez son livre autobiographique « MES DÉMONS ».

En tant que penseur Edgar MORIN est inclassable, car aussi bien sociologue, philosophe, anthropologue, écrivain, bref, il embrasse les sciences humaines et les sciences « dures » comme la biologie et la médecine - il parle souvent de médecines alternatives - et de philosophies orientales et grecque. Il ne jure que par la multidisciplinarité, ce qui n’est pas bien vu en France, où on préfère mettre des étiquettes sur toutes les disciplines bien séparées les unes des autres. En Italie cependant on élabore actuellement un système éducatif  basé sur ses réflexions sur l’éducation. Et au Mexique, à Hermosillo, l’université  « MONDE RÉEL »  (quelle belle appellation !) porte le nom d’Edgar Morin.

Dans sa vaste bibliographie je cite seulement 4 ouvrages-clef : son livre autobiographique MES DÉMONS (1998, Seuil), LA MÉTHODE, rééditée en deux volumes au Seuil en 2008,  Science avec conscience (Seuil, 1990) et Introduction à la pensée complexe (Seuil, 1993)

Et puis son dernier ouvrage dont nous allons parler ce soir « LA VOIE , Pour l’avenir de l’humanité ». C’est un livre optimiste sur fond de catastrophes.

 

A l’adresse d’Edgar Morin :

D’entrée de jeu vous dressez un scénario de catastrophes dans lesquelles nous sommes empêtrées : crise démographique, crise urbaine, crise des campagnes, crise de l’humanisme universaliste au profit des identités nationales et religieuses, et vous citez le livre de Patrick Artus et Marie Paule Virard « GLOBALISATION – LE PIRE EST A VENIR » (Découverte, 2008).

Mais vous expliquez aussi que le pire peut être évité si nous nous engageons dans une autre VOIE.  On peut dire que cet ouvrage illustre une fois de plus votre pensée complexe, car dès l’introduction vous dites qu’il faut RELIER des choses a priori antagonistes mais complémentaires, vous dites qu’il faut à la fois :

 

- MONDIALISER et DÉMONDIALISER (créer une gouvernance mondiale et développer les agricultures locales ?)

CROÎTRE et DÉCROÎTRE (une croissance pour les pauvres et une décroissance pour les riches ?)

DÉVELOPPER et ENVELOPPER (donc à la fois développer l’autonomie et  la communauté, le vivre-ensemble ?)

CONSERVER et TRANSFORMER (conserver notre histoire, notre patrimoine culturel et aller de l’avant, inventer une nouvelle voie pour sortir des guerres et de la destruction de la planète ?)

- Et vous citez à deux reprises la belle phrase du poète allemand HÖLDERLIN : « Là ou le péril croît,  croît aussi ce qui  sauve »….

Expliquez-nous comment la chance peut s’accroître en même temps que le risque d’autodestruction que nous courons ?

 

- Parmi les nombreuses choses que vous proposez de réformer dans LA VOIE, il y a surtout la RÉFORME DE LA PENSÉE et plus précisément la réforme de la PENSÉE POLITIQUE. En quoi cette pensée politique aujourd’hui n’est plus à la hauteur des problèmes qui nous submergent ?  La dernière crise financière de 2008 l’a bien montré, tout autant que les échecs successifs des sommets de l’environnement qui sont autant de montagnes qui accouchent d’une souris .

 

- Vous dites que toutes les réformes  RÉFORME DE VIE, RÉFORME DE L’ÉDUCATION, RÉFORME DE L’ÉCONOMIE doivent se faire ensemble , elles sont interactives, interdépendantes et corrélatives, la plus importantes entre elles étant bien sûr la réforme de la PENSÉE POLITIQUE, une pensée politique qui s’est mise à la remorque de l’économie. Mais comment réformer la PENSÉE quand on connaît la puissance du formatage démontré p.ex. par Noam CHOMSKY dans son livre « La Fabrique du Consentement » ?

 

- Peut-on dire que votre RÉFORME de la PENSÉE  veut remplacer la pensée linéaire par la RELIANCE, celle qui relie entre autre le local au global, une pensée avec ses boucles rétroactives ?

 

- Vous citez la belle phrase d’Antonio MACHADO : « LE CHEMIN SE FAIT EN MARCHANT ». Est-ce que cette phrase est justement en opposition avec la pensée LINÉAIRE, manichéenne et volontariste, et en phase avec la pensée complexe qui élabore sa stratégie en cours de route selon les obstacles rencontrés ?

 

- Vous dites de vous que vous êtes un opti-pessimiste. Vous ne vous contentez pas de dénoncer ce qui va mal, vous dites : ça grouille d’initiatives partout, il faudrait les réunir pour qu’elles CONVERGENT en une seule voie qui  engendrera la MÉTAMORPHOSE que vous appelez de vos vœux. C’est comme les mille petits ruisseaux qui font une grande rivière. Mais comment faire pour les rassembler en un grand mouvement ? Et quelles sont ces voies alternatives que vous préconisez ? ( p.ex. l’économie sociale et solidaire, le micro-crédit, les coopératives, les énergies renouvelables, la dépollution…)

 

- Quelle est votre idée de la réforme de l’ÉDUCATION ? Vous dites : connaître les fils séparés d’une tapisserie ne permet pas de connaître le dessin d’ensemble de la tapisserie.

Vous donnez deux exemples emblématiques : l’Université Populaire de Caen initiée par Michel ONFRAY, et l’initiative SCIENCES ET CITOYENS qui invitent les citoyens à  se former et à donner leur avis sur les décisions politiques et scientifiques à prendre.

Pouvez-vous nous parler de cette réforme du système éducatif italien basé sur vos idées ?

- En quoi  vous vous opposez aux philosophes académiques ? Vous dites la philosophie doit déboucher sur un engagement au lieu d’être une simple philosophie de salon ?

- Après les catastrophes du 20e siècle peut-on encore espérer  de Ré-enchanter le monde pour parler avec Marcel GAUCHET ?

- D’où tirez-vous votre optimisme, votre foi dans les potentialités non épuisées de l’homme, votre foi  que l’improbable puisse se produire - comme ces révolutions arabes auxquelles personne ne s’attendait. Alors que le probable est que nous allons vers plus de conflits et de guerres, y compris nucléaires ou par armes biologiques. Comment croire à l’improbable d’une métamorphose ? Comment agir ?