Les OGM

Sujet du 31 Octobre 2007 et du samedi 2 Mai 2011

Invité : Jacques BULLOT
 
Certains nous reprocheront de nous mêler de problèmes auxquels seuls les experts scientifiques peuvent répondre :
Les OGM – progrès scientifique ou progrès pour l’homme ?
Pourtant il s’agit bien d’un débat de société, car par le biais de l’alimentation, donc de la santé nous sommes tous concernés en tant que consommateurs. Alors notre devoir de citoyen est au moins d’essayer de démêler les fils des informations souvent contradictoires auxquels nous sommes exposés.
Avant de se mette à écrire des polars, notre invité a bien été chercheur au CNRS et il est donc bien à même de parler de ce problème de la recherche scientifique et de ces déviations.
Peut-être aussi un polar nous parle plus que les dossiers arides de la Commission Européenne sur le sujet. Et surtout lorsque ce polar comme c’est le cas avec « le GENE DU PERCE-NEIGE » se base sur des faits réels que j’essaie de résumer brièvement.
En 1998 le chercheur hongrois PUZTAI qui travaille pour un institut de recherche écossais à Aberdeen, le ROWETT INSTITUTE, parle de ses expériences de nutrition à la TV britannique. Il a nourri de jeunes rats avec des pommes de terre génétiquement modifiés pour résister aux insectes nuisibles et il a constaté une dépression du système immunitaire et un retard de croissance. Il veut donc mettre l’opinion public en garde : il ne faut pas prendre le consommateur pour un cobaye en lui administrant une alimentation aux OGM.
Cette déclaration prend l’allure d’un scandale. Puztai est remis de ses fonctions et interdit de parler en public. L’institut écossais annule le financement de son équipe. Pourtant d’autres chercheurs le soutiennent et ses travaux sont publiés dans le prestigieux journal médical le LANCET.
E N 1999 la British Royal Society, l’équivalent de l’Académie des Sciences en France, désavoue le chercheur sous prétexte que ses méthodes statistiques ne seraient pas sérieuses et propose qu’on recommence ses expériences.
Seulement aucun critique des expériences de Puztai a tenté de recommencer les expériences pour démontrer qu’elles étaient mal menées.
Le débat philosophique que s’ensuit de cette histoire est complexe :
On peut en extraire plusieurs questions fondamentales qui nous concernent tous :
-         le Progrès scientifique – pou quoi faire ?
-          Que devient l’Homme dans tout cela ?
-         L’information du consommateur et du citoyen n’est-elle pas manipulée par les intérêts des puissants au nom de la prise de parts de marché sur le marché mondial ?
 
-         comment faire pour que les choix scientifiques, qui sont autant de choix de société n’échappent pas aux citoyens ?
Les puissants, ce sont les multinationales comme Monsanto, géant américain, et Novartis et Aventis pour les sociétés françaises.
Et bien sûr, les multinationales se mêlent aussi de l’information quand ça arrange leurs intérêts.
En 1998 Monsanto a lancé une campagne de publicité en faveur des OGM en achetant des pages entières dans tous les grands journaux européens .Ce qui veut dire que l’information peut facilement être manipulée en fonction des intérêts de celui qui parle et qui sait y mettre le prix.
Il y a d’ailleurs un autre exemple similaire à « l’accident de parcours » qui est arrivé au chercheur hongrois. En 2001 deux chercheurs de l’université de Berkeley ont publié les résultats de leurs travaux dans le journal NATURE en démontrant que les plantations de mais transgénique avaient «contaminé » les cultures de mais local au Mexique. C’était évidemment une bombe contre les OGM dont les pourfendeurs ont toujours prétendu que la dissémination des plantes génétiquement modifiés était sous contrôle. Pour contrer les résultats des chercheurs MONSANTO a loué les services d’une officine de relations publiques qui a orchestré une campagne sur internet. Elle a recruté des chercheurs liés à l’industrie pour contester leurs travaux.
NATURE a fini par désavouer la publication de l’article incriminé sans jamais publier les travaux des chercheurs mexicains qui ont corroboré les résultats de leurs collègues de Berkeley.
La question est donc posée-
Après le scandale de la vache folle, de l’amiante, de la dioxine,
3 problèmes sur lesquels l’Académie des Sciences s’est trompée : devons nous faire confiance à la TECHNO-SCIENCE et à ses manipulations ?
Ou devons-nous nous mêler du débat entre  experts en tant que citoyens et consommateurs ?
Le roman noir est-il une fiction? Certes, mais il montre qu'elle peut devenir la réalité de demain. La Commission européenne, à la demande de la firme BASF, vient de rendre un avis favorable à la culture et commercialisation d'une pomme de terre transgénique, réputée être utilisée par les industries textile et papetière. Rien n'interdit de penser que l'Agence européenne de sécurité alimentaire pourrait donner un jour le feu vert à son utilisation dans l'alimentation animale. Quelles en seraient les conséquences sur l’alimentation humaine? Voilà le problème.