Où va le progrès

Sujet du 1er décembre 2007 

DE LA FABRICATION DE L’HUMAIN A L’AFFRANCHISSEMENT DE LA SEXUALITE –OU VA LE PROGRES ?
Du rêve d’auto construction à l’Homme Génétiquement Modifié et à la procréation artificielle ?
 
Notre invité Olivier Rey enseigne les mathématiques à l’Ecole Polytechnique et la philosophie àl’Université Paris I, il est l’auteur de « Le bleu du sang », roman, Flammarion, 1994, del’ « Itinéraire de l’égarement » (Du rôle de la science dans l’absurdité contemporaine),essai, Seuil, 2003, et d’ « Une folle solitude » (Le fantasme de l’homme auto-construit), essai, Seuil 2006.
Le propre du philosophe est l’observation de son environnement et le questionnement.
Qui parmi vous ne s’est jamais posé la question pourquoi les poussettes de bébés étaient tournées vers le monde extérieur , alors que les bébé avant 68 faisaient face à leur mère ? Et pour ceux qui l’auraient fait qui en aurait tiré le contenu de tout un livre ? Je pense sur ce plan Olivier Rey n’a pas de concurrent. Le livre qu’il en a tiré c’est
UNE FOLLE SOLITUDE ; LE FANTASME DE L’HOMME AUTOCONSTRUIT »
Mais vous allez demander comment à partir de ce fil rouge - les bébés tournés vers le monde extérieur - qui parcourt tout son livre, il en arrive à parler de procréation artificielle, de l’homme génétiquement modifié ou de GPA, en novlangue la gestation pour autrui, ou encore de transformation des genres ou de l’affranchissement de la sexualité tout court ?
C’est que depuis les années 70 on assiste à une remise en question de l’autorité parentale et parallèlement à l’émergence d’une nouvelle norme, celle de l’individualisme et de l’épanouissement individuel. L’individu post- 68ard veut se couper du passé et du poids des générations antérieures. C’est le fantasme de l’homme autoconstruit qui en se tournant vers le monde extérieur dès son plus jeune âge n’aurait plus besoin du regard attentif de ses parents ni de leur éducation. C’est l’époque de l’enfant-roi, de l’anti-autoritarisme et d’un pouvoir en quelque sorte autogénérationnel. Poussé à l’extrème ce fantasme peut aller jusqu’au projet de l’auto-engendrement. Si on est roi de son destin pourquoi ne pas se passer de l’AUTRE, de la part obscure que représente la sexualité et donc de la part obscure liée aux femmes ?
Il n’est peut-être pas par hasard que ces projets de mise au point des techniques de la procréation in vitro ou du clônage apparaissent juste après la maîtrise de la contraception au moyen de la pilule qui est à l’origine de la libération de la femme. Le fantasme de l’homme a toujours été le pouvoir et la toute-puissance.Il est donc naturel qu’il aspire à la maîtrise de la procréation qui le rendrait indépendant de cette part inmaîtrisable que représente la sexualité.
En fait il s’agirait de se mettre à la place de Dieu, et de se guérir de ses frustrations. Et O.REY rappelle les trois blessures narcissiques de l’homme moderne, la première étant la découverte de l’héliocentrisme par Copernic, la découverte que l’homme sur la terre n’est pas le centre du monde. La seconde déception lui vient avec la théorie de l’évolution et la découverte de sa filiation avec le monde animal ou sa descendance du singe. Et la troisième blessure est celle de la découverte de l’inconscient par Freud, à savoir la part pulsionnelle et non maîtrisable en lui.
Il est donc normal que l’homme veuille se guérir de ses frustrations par la maîtrise de son environnement et pourquoi pas par la maîtrise de l’humain, donc de la procréation.
Dès les années 90 le professeur de médecine Bernard Debré a promis des avancées fantastiques sur ce plan, et le professeur Jean Bernard, une autorité dans le monde scientifique et promu président du Comité National ETHIQUE, a promis aux femmes de 2080 l’affranchissement de la corvée de la maternité. Comme si vraiment il s’agissait d’une corvée.
Le lobby des homosexuels s’est évidemment emparé de ses perspectives qui permettent non seulement la mutation des genres mais encore la procréation artificielle pour avoir des enfants. Se libérer des déterminismes biologiques deviendrait donc la nouvelle panachée, et le débat s’est ouvert également dans le camp des féministes partagé entre une Marcella Yacoub plaidant en faveur de cette nouvelle « libération de la femme » et Sylviane Agacinsky qui met en garde contre la marchandisation de la GPA, la location des ventres autorisée aux Etats-Unis, pas encore en France.
Nous l’avons compris, ce qui nous intéresse dans ces questions de l’avancée technologique et scientifique, c’est la question du SENS. Quel SENS donner au PROGRÈS ? et pour revenir aux poussettes, est-ce bon pour l’individu de se couper de ses racines, de sa généalogie, d’une éducation qui vient de l’expérience de ceux qui ont vécu avant nous ? Est-ce bon d’en finir avec le père, puis aussi avec la mère ?