Pourquoi se voiler la face ?

Mercredi 8 Mars à 19h15
Pourquoi se voiler la face ?

Invitée : Wassyla TAMZALI.
Café du Pont Neuf, 14, quai du Louvre, Paris 1er

Nous sommes très heureux de recevoir Wassyla Tamzali., ancienne avocate à Alger et directrice des droits des femmes à l’UNESCO pendant 20 ans. Elle est aussi auteure de deux livres parus chez Gallimard, Une Education Algérienne paru en 2007, et Une femme en colère - Lettre d'Alger aux Européens désabusés, paru en automne 2009. D’autant plus heureux qu’aujourd’hui c’est la Journée Internationale des Femmes. Et en ce 8 mars 2010 il convient de rappeler que contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, l’EGALITÉ DES HOMMES ET DES FEMMES est loin d’être acquise, elle est même en train de régresser, ce que nous allons voir aussi avec W.T. dans un instant.

Mais déjà il suffit de rappeler quelques chiffres : Malgré les lois de non discrimination qui existent il y encore une différence persistante de 27% entre les salaires des hommes et des femmes. Quant à l’accès aux postes de dirigeants dans les grandes entreprises il est à 95% réservé aux hommes. Dans les médias et en particulier à la TV, les femmes ne représentent qu’un tiers des hommes qu’on peut voir à l’écran. Et même les prix littéraires sont de façon prépondérante attribués aux hommes, tout simplement parce que les jurys sont composés en majorité d’hommes et que les réseaux et la cooptation entre hommes fonctionnent. Pourtant il est de notoriété publique que les filles ont de meilleurs résultats au bac et dans leurs études que les garçons, mais une fois arrivées sur le marché du travail la pyramide se renverse. A quoi d’autre l’attribuer qu’aux stéréotypes dans les têtes et aux mentalités ? Nous sommes ici pour examiner certains de ces stéréotypes qui ont la vie dure.

Pourquoi ai-je tenu à inviter Wassyla Tamzali en cette journée des femmes ? C’est parce qu’elle me rappelle deux femmes de l’immigration turque - d’origine musulmane donc - vivant en Allemagne, et qui se battent comme elle contre cette RÉGRESSION VOILÉE – c’est le cas de le dire – des principes laïques et des acquis sur le plan de l’ÉGALITÉ DES SEXES en Occident.
Il s’agit de la sociologue Necla Kelec et de l’avocate Seyran Ates. Toutes deux accusent les Allemands d’être trop « politiquement correct » à l’égard des communautés religieuses, et ceci non seulement au dépens de l’émancipation des femmes mais même au dépens des principes démocratiques. C’est ce que fait aussi W.T. dans son dernier ouvrage. Les livres des deux auteures allemandes sont disponibles en français. NECLA KELEC est l’auteure de LA FIANCÉE IMPORTÉE (sur les mariages forcés), LES FILS PERDUS et PLAIDOYER POUR LA LIBÉRATION DE L’HOMME MUSULMAN.

SEYRAN ATES est avocate et défend les femmes turques vivant à Berlin contre les violences conjugales, les mariages forcés, etc. Pour cela elle a failli mourir dans les flammes de sa maison incendiée par le mari d’une de ses clientes. Elle a écrit ce cauchemar dans LA TRAVERSEE DES FLAMMES.

Le discours de ces deux auteures procèdent du même constat que fait Wassyla Tamzali : Les dogmes misogynes des religions avancent, et les droits des femmes musulmanes en Occident régressent. Et c’est aussi pour cela que nous avons choisi comme titre de ce débat : POURQUOI SE VOILER LA FACE ?
Car pris au sens figuré, nous nous voilons bien la face devant une régression évidente des droits des femmes. Probablement cela arrange pas mal de monde après cette avancée spectaculaire des femmes en mai 68 : droit à la contraception, droit à l’avortement, reforme du divorce, etc.
Aujourd’hui, après avoir obtenu la non ségrégation des sexes dans les écoles, nous voyons s’introduire une nouvelle ségrégation des hommes et des femmes musulmans en Europe avec, entre autres et à titre d’exemple
- les PLAGES RÉSERVÉES AUX FEMMES MUSULMANES en Italie,
- un hôpital pour femmes musulmanes à Rotterdam
- ou des piscines séparées pour hommes et femmes en région parisienne.

Au sens propre, le thème du débat POURQUOI SE VOILER LA FACE ? pose bien sûr la question pourquoi « le deuxième sexe », donc les femmes considérées comme genre mineur, devraient se voiler les cheveux, le visage et le corps pour devenir des sortes de fantômes dans la cité qu’aucun homme – à part leur mari - ne doit toucher – ni par le regard ni en lui serrant la main? La femme ne serait-elle donc qu’un être sexuel dont les attraits sont susceptibles d’exciter les hommes ? Curieusement il n’est venu à l’idée d’aucune femme de demander la même chose aux hommes : cachez votre corps viril, pour que je ne vous saute pas dessus. Il s’agit donc bel et bien d’une discrimination qui limite la liberté de mouvement et le droit de disposer de son corps au seul sexe féminin considéré comme mineur, dangereux et à protéger de la concupiscence des hommes.
Sous prétexte de respecter les religions ou les traditions, on accepte la mise sous tutelle des femmes.
Aujourd’hui il est de bon ton de dire : « Toute femme musulmane «qui se respecte» doit porter le foulard» (sous-entendu : les autres sont des putains). C’est oublier toutes celles qui se sont battues, au risque de leur vie et « cheveux au vent » pour la liberté de ne pas porter ce foulard. Ce qu’a fait Wassyla Tamzali.

Ce qui nous tient particulièrement à cœur dans nos RENCONTRES ET DEBATS AUTREMENT, c’est d’examiner les clichés, les stéréotypes et aussi le bien fondé de certaines traditions dont sont issues nos idées reçues. Faut-il p.ex. accepter la pratique de l’excision au nom de la tradition ? Faut-il s’arranger avec le mariage forcé, ou encore avec la lapidation des femmes pour prétendue infidélité ?

Les traditions c’est comme les dogmes, il faut les examiner pour voir quels sont les intérêts de ceux qui en font des pratiques incontournables. Nous sommes ici non pour CROIRE mais pour PENSER par nous-mêmes, et ceci à l’aide des auteurs et penseurs qui pensent le temps présent, tout en apportant leur expérience de vie comme le fait W.T. dans ses deux livres où elle nous fait partager son expérience VÉCUE comme une pierre précieuse à intégrer dans notre pensée.