Pourquoi travaillons-nous ?

Vendredi 19 octobre 2012

Café de société à la Médiathèque Anne Fontaine d’Antony :
Invitée: DANIÈLE LINHART
Pourquoi travaillons-nous? recherche de Sens ou de Performance?

 
Danièle LINHART, est sociologue, directrice de recherches au CNRS, et a dirigé ce livre collectif   « POURQUOI TRAVAILLONS-NOUS ?» éditions ÉRÈS, « 2008. Elle est aussi auteure de « TRAVAILLER SANS LES AUTRES ? » éditions du Seuil, 2009, et a dirigé l’ouvrage « LE TRAVAIL NOUS EST COMPTÉ », collection Recherches, 2005.
A la question POURQUOI TRAVAILLONS-NOUS ? on répondra le plus souvent : « Pour gagner notre vie ». Certes, mais on peut rétorquer avec le slogan de Mai 68 « POURQUOI PERDRE NOTRE VIE À LA GAGNER ? » Car il est évident que le travail se raréfie et est devenu source de SOUFFRANCE, de STRESS et de RIVALITÉ plutôt que de LIEN SOCIAL.
Comment en sommes-nous arrivés là ? Un rappel historique fait comprendre à quel point la conception du travail s’est radicalement transformée au cours des siècles. Pendant toute l’antiquité greco-romaine le travail est considéré comme AVILISSANT, tout juste bon à être délégué aux ESCLAVES et aux FEMMES dans leur gynécée. Les hommes- ou plutôt les élites de la cité - se sont consacrés à la noble tâche de PENSER, DISCOURIR et de prendre en mains les affaires de la CITÉ. Le christianisme n’a pas changé grand’ chose à cette répartition des tâches avant que SAINT BENOÎT au Ve siècle décrète que le travail conduit à Dieu, inventant ainsi le concept de la SERVITUDE VOLONTAIRE.
Il faut attendre la révolution industrielle au 19e siècle pour voir le travail devenir véritable moteur de nos sociétés. C’est le philosophe anglais ADAM SMITH qui le premier élabore un concept d’économie politique. Il écrit son opus magnum LES RICHESSES DES NATIONS où il nous fait comprendre que le travail et l’argent sont gouvernés par L’INTÉRÊT.
Arrive alors une autre révolution au début du 20e siècle, celle de Freud avec sa découverte de l’inconscient et du SURMOI qui est à l’origine de la SUBLIMATION. Et que serait le travail sans la sublimation ?
Le plus souvent nous cherchons autre chose dans le travail qu’un simple gagne-pain. Nous y cherchons aussi un statut social et une RECONNAISSANCE. Il y a toujours une fierté du travail, même si elle passe par l’image de marque de la « boîte » pour laquelle nous travaillons. Et les managers, coachs et autres « DRH » l’ont bien compris en promettant aux salariés le bonheur dans l’entreprise. D’où les slogans de recrutement tels que: « Épanouissez-vous ! »… en rejoignant nos équipes, etc.
La réalité du terrain est tout autre. Il y a une telle pression pour obtenir les meilleurs résultats que le lien social ou même souvent la vie de famille passent à la trappe. Les ÉVALUATIONS permanentes ou les fameux « PÔLES D’EXCELLENCE » misent sur la concurrence entre les salariés pour les dresser les uns contre les autres.
Au lieu de L’ÉPANOUISSEMENT promis c’est la souffrance qui va jusqu’au suicide au travail. La question se pose d’autant plus: Pourquoi travaillons-nous, pour quelle finalité ? A regarder de près, n’est-ce pas seulement pour augmenter sans cesse la productivité et les marges bénéficiaires de l’entreprise ? Et quand les bénéfices vont bien l’entreprise est DÉLOCALISÉE dans un pays où la main-d’œuvre est moins chère.
Le travail peut ou bien nous CONSTRUIRE comme il peut nous DÉTRUIRE. Les nouveaux managers jouent sur les injonctions contradictoires : « Soyez autonomes et créatifs ! »  mais surtout : « Faites du chiffre, soyez performants ! » La crise actuelle fait au moins comprendre que cette course effrénée à la performance ne profite qu’à une MINORITÉ.
 
Le travail est cependant un enjeu essentiel de la DÉMOCRATIE. Des questions telles que « Pourquoi travaillons-nous ? », « A quoi sert l’économie ? » devraient être débattues en public. Car à quoi bon faire des progrès techniques et scientifiques si une majorité en est exclue, si nous détruisons nos excédents pendant que d’autres meurent de faim ?
J’aimerais poser une question cruciale à la spécialiste du travail D. Linhart : Comment sortir de la spirale TRAVAIL-Production/Consommation ? Quelle issue voyez-vous pour le TRAVAIL qui se raréfie et nous rend le plus souvent malheureux au lieu de nous épanouir ?