Agir pour le développement durable

Le 4 JUIN 2010 à 19H15

Mairie du 2e, 8 rue de la Banque, Paris 2e, métro Bourse

THÈME: AGIR POUR LE DEVELOPPEMENT DURABLE

INVITÉ: Michel PUECH, philosophe des sciences et des techniques
Michel Puech est philosophe des sciences et techniques, Maître de conférences à La Sorbonne et à l’Institut des Sciences Politiques.
Auteur de : Kant et la causalité. Étude sur la formation du système critique, Paris, Vrin, 1990.  . Philosophie de la technologie et de la sagesse contemporaine (Paris, Le Pommier, 2008), ouvrage pour lequel nous l’avons reçu à RDA en 2008, Son nouveau livre pour lequel nous le recevons ici, vient de sortir:

Développement durable: un avenir à faire soi-même, Le Pommier, 2010. Tout un programme avec un titre prometteur qui tient son pari.

La 1ère partie du livre est un état des lieux du DD tel qu’il se présente dans nos sociétés avec beaucoup d’incohérence et d’incongruité, à commencer par la notion elle-même. Car le DD est en fait un pléonasme, étant donné qu’un développement prend forcément du temps et est par conséquent durable. La 2e partie du livre – et c’est rarissime pour un livre écrit par un philosophe - propose des solutions pratiques à travers des micro-actions. C’est un peu comme le nouveau livre de Susan GEORGE, notre invitée le 24 juin, avec ce titre « Leurs crises, nos solutions »().

 

Dans cette 1ère partie M.PUECH pose d’emblée quelques questions épineuses:

  • Le DD et la croissance sont-ils synonymes ou antonymes?

  • Est-ce que le grand public sait vraiment ce que le DD veut dire, et pourquoi ce terme est si flou  et jamais explicité? Est-ce qu’on ne veut pas justement entretenir une certaine confusion dans les esprits ?

Puis à l’adresse des consommateurs il pose des questions aussi provocantes que:

  • La consommation des produits bio  n’est-elle pas un luxe réservé aux beaux quartiers des villes ? Est-ce que le VERT n’est pas un peu BCBG ? Est-ce que les boutiques des AMAP (association pour le maintien de l’agriculture paysanne) ne sont pas un peu comme le ROTARY CLUB qui se distingue du commerce de masse et de la consommation de masse ?

  • En achetant bio ou des produits du commerce équitable est-ce qu’on ne s’achète pas simplement une bonne conscience comme on achetait les indulgences avant Luther ?

  • Que faire pour devenir responsable et non seulement coupables ?

Mais ce sont surtout les institutions qui en prennent pour leur grade, que ce soit au niveau national ou supranational.

Comment faire confiance pour mener à bien une économie et un développement soutenable à ceux qui nous ont menés dans une situation insoutenable avec les crises planétaires, y compris la crise financière ?

 

Les TECHNOCRATES et les EXPERTS de ces institutions noient le poisson sous une marée de papier gris sans aucune prise sur le réel. Les sommets à la phraséologie creuse se suivent sans avoir aucun impact sur la planète en crise. Les objectifs humains et sociaux restent toujours secondaires devant la « réalité vraie » des chiffres de l’économie. Et les experts scientifiques se prêtent au jeu de la manipulation de l’opinion publique.

Exemple : Le GRENELLE DE L’ENVIRONNEMENT de 2007/08 n’a débouché sur aucune solution des problèmes, seulement à quelques nouvelles réglementations et taxes, comme la taxe carbone.

Autre exemple d’un discours vertueux et moralisateur sans impact : Les politiques agricoles. La culture rurale devient un AGRIBUSINESS, pendant que les paysans perdent leur autonomie et réclament de nouvelles subventions.

Quant aux ONG, les organisations non gouvernementales, on peut se demander comment le non gouvernemental a pu devenir une valeur investie de tous les espoirs, alors qu’on ne sait même plus quelle est la part du gouvernemental et du non gouvernemental dans ces organisations. Sylvie BRUNEL, auteure de «  ? » est également très critique face aux ONG.

Plusieurs ministres sont sortis de la nomenclature des ONG, alors comment croire à l’indépendance des ONG ?


 

Quant aux entreprises, elles récupèrent le DD pour recolorer leur image en vert, autrement dit pour le GREENWASHING. Tout passe par la COMM’. On parle beaucoup de la RSE, la RESPONSABILITÉ SOCIALE DES ENTREPRISES, mais les exemples concrets comme celui de TOTAL, montrent qu’elles refusent toute responsabilité en cas d’accident. Ca ne sera pas très différent avec BP dont les dirigeants savaient que les normes de sécurité n’étaient pas respectées tout en continuant les forages avec les conséquences que l’on sait, en inondant depuis plus d’un mois le Golfe du Mexique d’un flot de pétrole ininterrompu.

Il y a aussi l’impudence de l’industrie nucléaire qui se vante de ne pas émettre du carbone, tout en taisant que le nucléaire passe par l’extraction de l’uranium, en occultant son transport aussi et surtout le stockage des déchets hautement dangereux pour les générations futures.


 

Voilà le tableau sombre que dresse Michel Puech de l’application de cette notion floue qu’est le DD ou soutenable.

Cependant après l’inventaire de tout ce qui va mal il passe aux solutions, et la solution, d’après lui, c’est chacun d’entre nous qui la détient, d’abord par une prise de conscience, puis en adoptant .

un comportement responsable.

Contre la logique du DD technocratique il mise sur la SAGESSE PRAGMATIQUE de chaque citoyen, ce nouveau HOMO SAPIENS TECHNOLOGICUS. Il suffirait de ne plus DÉLEGUER l’essentiel de l’écologie aux institutions, et à commencer à mettre en pratique des MICRO-ACTIONS dans la vie quotidienne qui sont à la portée de tous :


 

- Adopter un mode de vie et une consommation plus simples

  • limiter ses déplacements

  • prendre les transports en commun

  • avoir une résidence au lieu de deux

  • ne pas se laisser polluer par la publicité (« pas de PUB » collé su votre BAL)

  • ni par les médias

Contre le GLOBAL ABSTRAIT il mise sur le LOCAL CONCRET.

Car sans en être toujours conscients les citoyens en tant que consommateurs et producteurs de richesses réelles ou symboliques ont beaucoup de pouvoir – si - et seulement si - ils ne se laissaient pas manipuler par les élites politiques et économiques ou par la médiacratie. En faisant pression sur les institutions les citoyens peuvent avoir un impact essentiel dans la prise de décisions.

Ces thèses s’appuient en particulier sur celle du philosophe américain THOREAU et surtout sur la pratique de

GHANDI qui a montré l’efficacité des micro-actions face aux colonisateurs britanniques.

Un autre modèle est SOCRATE pour qui une « vie examinée » était la seule possible.

Evidemment cette prise en charge de soi-même en relation avec les autres et avec la planète passe par l’éducation. Il y a toute une culture à inventer et à diffuser.

Aussi faudrait-il PRENDRE AU MOT les entreprises avec leur discours vertueux, pour que le discours ne reste pas lettre morte. p.ex. en leur demandant de produire des objets qui émettent 2x moins de CO2, etc.

Une question à M. PUECH :

QUE PEUVENT LES MICROACTIONS CONTRE LES MACROPHÉNOMÈNES, en pensant entre autres à cette pollution monstrueuse déclenchée par une multinationale comme BP qui semble avoir tous les pouvoirs, et ceci malgré les efforts d’un OBAMA président ? (Pour la/les réponses voir la )