Des souris dans un labyrhinte

Rencontres et Débats Autrement en partenariat avec les cafés de société d’Antony, samedi 13 novembre 2010

PRÉSENTATION-INTERVIEW
Elisabeth PELEGRIN-GENEL est architecte, urbaniste, et psychologue du travail. Elle a réalisé des immeubles de bureaux et s'est spécialisée dans les espaces de travail. Parmi ses essais retenons deux titres séduisants : L'Angoisse de la plante verte sur le coin du bureau et DES SOURIS DANS UN LABYRINTHE, Décrypter les ruses et les manipulations dans nos espaces urbains.
 
Dans son essai « DES SOURIS DANS UN LABYRINTHE, décrypter les ruses et manipulations de nos espaces quotidiens » l’auteure nous invite à nous intéresser à tous ces “lieux communs” - poste, routes et rond-points, zones commerciales, grands magasins et boutiques, parcs de loisirs, Disneyland ou Paris-Plage - dont nous avons pris l’habitude, et que nous subissons sans les remettre en question. Mais n’importe quel espace public dans lequel évoluent des hommes est toujours construit, donc élaboré et pensé en vue de son utilisation.
Cependant nous serions bien naïfs de croire que la fonction détermine la configuration. Le bureau de poste aujourd’hui n’est pas conçu en vue de satisfaire au mieux la demande de l’usager. De façon bien plus pernicieuse, son aménagement vise une logique commerciale. Le bureau de poste ne cherche plus à satisfaire un besoin, il se veut pôle d’attraction et de distraction, centre de loisir et lieu du désir.
C’est bien le désir l’enjeu de tous ces nouveaux espaces. Pour preuve le florilège de lieux ultra spécialisés, ces bars à thèmes (pour les meilleurs : le bar à poussettes pour les jeunes parents, ou le bar Kube tout en glace pour des sensations extrêmes), ces boutiques de mode qui ressemblent à de véritables appartements habités où les vêtements sont savamment éparpillés un peu partout sur des fauteuils vintages.
Qu’il s’agisse du square ou du Mac Do, la même stratégie de consommation est déployée. Tout est mis en place pour rendre le lieu suffisamment plaisant pour nous y faire entrer, mais aussi assez inadéquat à une occupation prolongée pour nous en faire partir rapidement.
Ce qui est certain, c’est que nous évoluons dans un monde complètement mis en scène, de même que nous mettons toujours plus notre vie en scène. La transparence est mise à l’honneur et l’on entre dans l’ère de l’open-space. Tout le monde peut être vu, mais aussi localisé ; le public se mêle à l’intime.
Le livre pose la question: Nos espaces urbains sont-ils conçus pour stimuler la consommation, reproduire des comportements prévus par le marketing, nous étourdir et inciter à la mise en scène de l'individu par lui-même?

QUESTIONS :
 
1° Pourquoi vous vous intéressez à la fois à l’architecture, l’urbanisme et la psychologie ? Est-ce votre façon d’ajouter une note féminine à cet univers très masculin de l’architecture ?
 
2° Vous avez mis en exergue de votre livre une citation du philosophe Michel Foucault, auteur de « Surveiller et punir» écrit à partir de ses études sur les prisons. En quoi vous vous inscrivez dans cette filiation ?
 
3° A vous lire on a l’impression que que les espaces publics pour le vivre ensemble sont en voie de disparition.
Du bureau de poste au MacDo , des galeries d’art aux musées, partout l’objectif prioritaire est de pousser les usagers à la consommation. Les seuls endroits urbains qui échappent encore à cet impératif de la consommation et de l’argent sont les médiathèques. N’y a-t-il pas d’autres lieux de bien-être ?
 
4° Votre introduction a comme titre : « Plutôt que de regarder, se dire : ça me regarde ! » (dixit François Maspero)
Que peut donc faire le citoyen pour se réapproprier les espaces urbains ?
5° Vous insistez sur la triste monotonie des espaces urbains, tout se ressemble : les centres commerciaux, les routes, les enseignes, les ronds points, au point qu’il n’y a même plus de véritable coupure entre la ville et la campagne, et qu’on l’impression d’être PARTOUT et NULLE PART. Que font donc les architectes contre cette UNIFORMITÉ de nos villes ?
 
6° Comment expliquez–vous le paradoxe créé par notre individualisme affiché et un environnement de plus en plus identique et aseptisé où les singularités s’effacent ?
 
7° Quelles sont les propositions alternatives aux modèles urbains uniformes et sécuritaires? a) Graines Urbaines à Rennes propose une mutualisation des espaces et des équipements des maisons.
b) L’architecte Patrick Bouchain propose la réappropriation collective des espaces en friche.
Connaissez-vous d’autres projet pilote ?
 
8° Quelle chance ont ces projets de se développer face à l’attraction exercée par les centres commerciaux ou les parcs de loisirs où l’on recrée un monde enchanté de pacotille qui séduit les consommateurs ?
 
9° Vous prenez l’exemple de Disneyland qui depuis un demi-siècle subjugue le public avec son univers complètement kitsch et bourré de clichés (du chalet suisse à la case nègre, etc.). Pourquoi ça marche ? Est-ce que nous aurions une envie irrésistible d’être infantilisés ?
 
10° Vous citez les itinéraires imposés introduits par IKEA qui nous baladent d’objets en objets dans le seul but de nous séduire et faire acheter. Pourquoi nous nous laissons guider comme des mômes, toujours avec l’illusion d’être libres ?
 
11° Vous parlez aussi de Paris-Plages. Qu’est-ce qui distingue cette conception d’une aire de repos au milieu de la ville des parcs de loisirs en périphérie ?
 
12° Que signifie l’obsession de la transparence, les espaces ouverts, l’absence de cloisons et de murs ? Est-ce que transparence rime avec surveillance ?
 
13° Pourquoi l’homme moderne qui veut tout maîtriser, se soumet-il paradoxalement aux nouvelles technologies de surveillance ?
 
14° Comment faire pour ne pas être des souris dans un labyrinthe qui se laissent attraper dans la souricière de la consommation compulsive ?