Fabriquer le vivant

Mardi 23 octobre 2012 

Université Populaire, “les mardis du 2e“

“Demain, quels humains ?”

Un cycle de 8 conférences 2012/13 (octobre à juin)
Lancement de l’UP du 2e sur le thème:
FABRIQUER LE VIVANT – UN NOUVEAU DÉFI POUR L’HOMME ?
avec Miguel BENASAYAG
, philosophe et psychanalyste
et Pierre-Henri GOUYON
, biologiste

Bienvenus au lancement d’une nouvelle Université Populaire qui  bénéficie du soutien du maire du 2e arrondissement, Jacques Boutault et qui se fait en collaboration entre  le magazine Sciences et Avenir et la rédactrice en chef Dominique Leglue et l’association Rencontres et Débats Autrement. Le titre des 8 conférences-débats est:

DEMAIN QUELS HUMAINS ? Pourquoi ce thème ?

Nous vivons une époque de crise économique, écologique, philosophique et sociale qui se caractérise par une inquiétude, le déboussolement un sentiment d’ impuissance des gens face à l’avenir, inquiétude qui cohabite paradoxalement avec une puissance technoscientifique considérable. C’est comme si au moment où plus rien n’est promis, tout était permis..

Dans une telle situation il est important de donner des repères en croisant les disciplines. C’est ce que nous essaierons de faire en invitant un philosophe et un scientifique à chacune de ces  8 conférences-débat, car le meilleur rempart contre le déboussolement est le savoir et la connaissance sur des sujets aussi épineux et controversés que les OGM, la faim dans le monde, la destruction de la planète ou  le changement de climat.

Nous commençons donc aujourd’hui avec nos deux invités, co-auteurs du livre « FABRIQUER LE VIVANT ? », l’un est philosophe argentin et psychanalyste : Miguel BENASAYAG ; l’autre, Pierre Henri GOUYON, est biologiste évolutionniste et professeur au Museum d’histoire naturelle.

Ce sont des  savants qui ne sont pas enfermés dans une tour d’ivoire mais pleinement engagés dans la société qu’ils habitent.

Miguel BENASAYAG est auteur de plus d’une vingtaine d’ouvrages dont les deux derniers sont « L’engagement dans une époque obscure » et « Organismes et artefacts »..

Miguel Benasayag est un rescapé de la dictature  argentine, il a connu la torture dans les geôles des dictateurs, et comme par miracle il en est sorti vivant. Depuis il n’a jamais renoncé à  l’engagement. Il n’a jamais voulu faire une carrière académique, mais anime des Universités Populaires en Italie et à Ris Orangis dans la banlieue parisienne. Il  dirige aussi des séminaires de biologie à Buenos Aires.

Pierre-Henri GOUYON est biologiste, professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN) et à Sciences Po., chercheur au CNRS en biodiversitéet auteur de nombreux ouvrages dont je cite seulement  « Génétique & Évolution » et «Aux origines de la Sexualité» .

En homme engagé il est impliqué dans de nombreux comités nationaux et éthiques comme la Haute autorité sur les OGM, le comité d’éthique de l’INSERM, le Comité de Veille Écologique de la fondation Nicolas Hulot,  et il est vice-président de Vivagora, association qui veut promouvoir la participation des citoyens aux prises de décisions dans les domaines scientifiques qui peuvent bouleverser nos vies, comme c’est le cas avec la fabrique du vivant précisément.

Quelques  mots en guise d’introduction pour  dire de quoi il est question dans ce dialogue  entre le philosophe et le biologiste. En fait il s’agit de mettre un b-mol aux annonces  triomphalistes qui nous proviennent des laboratoires où on  promet de bientôt pouvoir fabriquer du vivant, qu’il s’agisse de bactéries capables de produire des biocarburants ou de dépolluer l’atmosphère ou encore d’engendrer de médicaments miracles. Leur critique porte sur un certain réductionnisme qui ne tient pas compte de l’interaction entre la partie et le tout (ou le système) . Le tout  peut être le corps  sur lequel on greffe un cœur de porc. On ne peut pas prévoir la réaction du corps à cette partie étrangère qui est le cœur greffé. Le tout peut aussi être le milieu dans lequel on  introduit une plante OGM. On  ne peut pas prévoir les interactions entre ces organismes génétiquement modifiés et leur milieu, on ne peut pas prévoir qu’ils deviennent résistants aux pesticides, etc. Le tout est toujours plus que les parties qui le composent. La vie est plus complexe que les adeptes de l’utilitarisme veulent nous faire croire. D’où la critique des auteurs à l’égard des technosciences et de leur credo que « tout est possible ». D’où aussi leur critique à l’égard du « mythe du progrès ».

Quand on voit les suicides des paysans indiens qui ne peuvent plus acheter les semences brevetées, on se demande en effet où est le progrès.

La question fondamentaleest quels sont les enjeux des technosciences?

L’enjeu pour les multinationales est le brevetage.

L’enjeu pour un scientifique est le financement de ses recherches. L’enjeu pour la société c’est de connaître l’évolution des interactions à long terme entre les organismes vivants et leur milieu.. Ce sont évidemment des problèmes qui touchent à la politique.
 

Pour terminer j’aimerais demander aux auteurs  pourquoi ils ont voulu écrire ce livre ensemble.

Pourquoi fabriquer le vivant leur semble dangereux et illusoire ? Et pourquoi cette remise en question du progrès scientifique ?