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Jean-Robert VIALLET


Réalisateur documentariste

Invité du 19 Décembre 2009  Vidéo

Interview de Jean Robert VIALLET réalisateur de "La mise à mort du travail" 

« Lorsque Christophe Nick m’a proposé le sujet de La Mise à mort du travail, il s’agissait de reprendre le principe qui avait été celui des Chroniques de la violence ordinaire et d’École(s) en France : circonscrire l’enquête à un lieu unique ou à un petit nombre de lieux particuliers et s’y installer dans la durée avec l’ambition d’élargir peu à peu le point de vue à une question sociale plus générale. En l’occurrence ici la « crise du travail » que connaissent aujourd’hui tous les pays développés. L’idée n’était pas de faire un énième film sur la souffrance au travail, ni de révéler les malversations de telle ou telle entreprise, encore moins d’accuser X ou Y de terroriser ses employés. Que l’entreprise soit un lieu de souffrance pour des millions de gens, il suffit de regarder les chiffres – maladies du travail, dépressions, suicides, harcèlement… – pour s’en convaincre.

Mais il fallait abandonner cette approche biaisée en termes de victimes et de bourreaux, de patrons voyous…, si l’on voulait avoir une chance de comprendre en quoi cette crise est l’expression de quelque chose de beaucoup plus profond, au même titre que la crise financière, en quoi c’est le travail lui-même et notre civilisation toute entière qui sont malades. Il fallait donc, au contraire, tenter de porter un regard le plus sociologique possible sur l’univers du salariat, d’embrasser toute la question à travers le prisme d’un petit groupe d’entreprises banales. En dehors du fait que cet exercice était nouveau pour moi, ce qui me séduisait, c’était son caractère inédit. Des caméras sont entrées dans les tribunaux, les prisons, les hôpitaux psychiatriques…, des documentaires ont parlé du travail. Mais le monde de l’entreprise – surtout à son niveau le plus commun, celui des Castorama, des Saint-Maclou, des Halles aux chaussures, etc., qui peuplent les alentours de nos villes – est très rarement traité. D’abord bien sûr parce que l’entreprise privée est l’un des espaces les plus fermés de notre société et qu’il est extrêmement difficile d’y pénétrer. Mais aussi, plus fondamentalement, parce qu’elle n’offre généralement aucun intérêt à qui cherche l’exceptionnel. Par conséquent, on ne sait pas la regarder et on se donne rarement les moyens et le temps d’apprendre à le faire…..


http://programmes.france3.fr/mise-a-mort-du-travail/interviews.php