Le nucléaire ?

Vendredi 14 Juin 2013, 18H

CAFÉ SOCIÉTÉ  à la médiathèque Ste. Geneviève-des-Bois

Thème : QUE FAIRE DU NUCLÉAIRE APRÈS FUKUSHIMA ?        

Débat contradictoire entre un auteur pro-nucléaire et une anthropologue anti-nucléaire.

Christine BERGÉ est anthropologue et philosophe des techniques, enseigne au Collège International de Philosophie (CIP), elle est membre de l’EHESS de Paris et membre du laboratoire du CNRS d’anthropologie bioculturelle à Marseille. L’auteure du “Superphénix ou la déconstruction d’un mythe” analyse les enjeux de la déconstruction de Superphénix, centrale nucléaire construite 1976 qui fut le lieu d’une véritable guerre entre écologistes et partisans du nucléaire, une guerre remportée par les anti-nucléaires grâce à la coalition entre socialistes, communistes et écologistes. La déconstruction du site fut décidée par Lionel JOSPIN en 1997. Superphénix, le plus grand surgénérateur du monde, n’a eu que onze ans de vie utile, au grand regret des ingénieurs et experts qui craignaient le gaspillage de leur savoir-faire. Normalement la durée de vie d’une centrale est de 30 ans. Il faut rappeler que la construction a duré 10 ans et que la déconstruction prendra 30 ans. Christine BERGÉ a été mandatée par EdF en 2010 pour recueillir les paroles vivantes sur le site SUPERPHÉNIX en déconstruction, car inscrire la mémoire de projets qui impliquent plusieurs générations est primordial
 
Henri PRÉVOT
fait partie de ces experts opposés à l’arrêt des centrales nucléaires, étant ingénieur des mines et auteur de Avec le nucléaire: un choix réfléchi et responsable (Seuil 2012) et de « Moins de CO2 pour pas trop cher : propositions pour une politique de l'énergie » (l'Harmattan 2013). Dans ce dernier livre l’auteur propose de fonder la transition énergétique nécessaire  en France – qui dépend pour 75% de ses besoins énergétiques du nucléaire - sur deux ressources nationales: les énergies renouvelables et l’énergie nucléaire.

Faits qui font réfléchir :

Fukushima a causé 1000 milliards d’Euros de dégâts qui seront « mutualisés ».

Selon les critères allemands de sûreté la centrale de Fessenheim devrait être mise à l’arrêt,  cependant elle continue à fonctionner d’après les critères français de sûreté.

Extraits d’interview de Christine BERGÉ :

Pourquoi avoir écrit Superphénix, déconstruction d'un mythe ?

Christine Bergé: C'est le premier livre qui décrit de façon tout à fait lisible, pour le grand public, le fonctionnement d'une centrale nucléaire ainsi que son démantèlement.

Quel enseignement principal tirez-vous de votre enquête ?

Avec le nucléaire, nous sommes dans des temps très longs, jusqu'à plusieurs millions d'années qui dépassent tout le monde. Ce temps­ est en fait ingérable. Le problème de la mémoire se pose inévitablement. Entre la construction et la déconstruction d'une centrale, il peut s'écouler un demi-siècle. De plus, les centrales nucléaires ne sont pas conçues pour être déconstruites. Autrement dit, on est obligé de tout inventer.

La perte de mémoire est inhérente à la déconstruction. Et dans l'industrie nucléaire, cela peut s'avérer dramatique. Pour Superphénix, les choses se passent relativement bien, car c'est une centrale jeune, en bonne santé et qui a très peu fonctionné. Mais la centrale de Tchernobyl ne peut pas être déconstruite. Et personne ne pourra jamais déconstruire Fukushima non plus.

En quoi Superphénix est-il un mythe ?

Le nom de Superphénix renvoie à une figure mythique : c'est l'oiseau qui renaît de ses cendres. Avec ses 1 200 MW, le surgénérateur de Creys-Malville devait être le plus puissant du monde, capable de se régénérer en permanence. Il était présenté comme le fin du fin de la technologie nucléaire. Et la déconstruction même d'une centrale est un mythe. On déconstruit mais on ne résout pas le problème de la radioactivité pour autant. Une centrale est en réalité une gigantesque poubelle dont on disperse les éléments. Du moindre gant en latex jusqu'à certains composants pouvant mesurer 15 m de long et qui ont baigné dans du sodium irradié. Tout cela ne peut pas être déconstruit. Il existe des pressions financières énormes, car le démantèlement est horriblement coûteux, et l'argent, rare. Sera choisi le prestataire qui fera le meilleur travail au moindre coût.

Synthèse de l’article de Christine BERGÉ dans le Monde Diplomatique :
Dix ans pour la construction, trente pour la déconstruction. La durée de vie utile de Superphénix n’aura été que de onze ans. Mais l’histoire de l’emblème du nucléaire à la française est loin d’être terminée.
 
L’abandon du plus grand surgénérateur du monde fut décrété par Lionel
Jospin en 1997. Le Superphénix, superréacteur à neutrons rapides (RNR), 5 fois plus puissant que Phénix de 1973, était aussi devenu le point focal du combat écologiste contre le nucléaire. En 1997, la coalition socialiste, communiste et écologiste, signe « l’arrêt de mort » de Superphénix. Le nuage de Tchernobyl avait fini par survoler la France. Pourtant Superphénix portait l’espoir d’apprendre à dévorer les déchets longue durée et fortement radioactifs.
Malgré l’opposition des ingénieurs et experts, la déconstruction est décidée et s’opère lentement à cause du sodium à la fois explosif et inflammable. Pour confiner la radioactivité décroissante  on doit construire trente-huit mille blocs de béton sodé, qui seront entreposés sur le site jusqu’en 2035. Que deviendront-ils dans trente ans ? Qu’adviendra-t-il de l’uranium et du plutonium? EDF se réserve-t-il le choix de considérer ses lingots de combustible comme pouvant servir à un nouveau « rapide » ? Il faut donc transmettre la mémoire des sites, des savoirs et des techniques. Car « qui prendra en 2025 la relève des ingénieurs partis à la retraite ? »

BIBLIOGRAPHIE NUCLÉAIRE

1. Ouvrages
 
2011    MHSD, Déconstruction, (photographies de Jacqueline Salmon), Paris, Ed. Loco.
 
2010   Superphénix. Déconstruction d'un mythe, (photographies de Jacqueline Salmon), Paris, La Découverte / Les Empêcheurs de penser en rond.

2. Articles
 
à paraître 2013 :
"Le corps irradié : conséquences des essais nucléaires en Polynésie Française" in Le Corps du monde, ouvrage collectif, Albin Michel
 
2011 a :  «Nucléaire : invisible, inodore, inoffensif... », Le Sarkophage, 12 mars/14 mai, p. 16 (4ème de couverture).
 
2011 b :  «Superphénix, des braises sous la cendre », Le Monde Diplomatique, avril, p. 6.
 
2011 c : "A Tchernobyl, la fascination du désastre", Les blogs du Diplo, dimanche 24 avril, http://blog.monde.diplo.net/2011-04-24-1-Tchernobyl-la-fascination-du-désastre <http://blog.monde.diplo.net/2011-04-24-1-Tchernobyl-la-fascination-du-d%8Esastre>