Le rôle des philosophes dans nos sociétés en mutation

UNESCO Le 18 Novembre 2010
Journée Mondiale de le Philosophie

15:00 – 17:00 Salle des Pas-perdus
Le rôle des philosophes dans les sociétés en mutation

Débat animé par l’Association Rencontres et Débats Autrement, avec la participation de deux philosophes, un homme et une femme (parité oblige), Geneviève Fraisse et Dany-Robert Dufour.
 
Geneviève Fraisse est directrice de recherches au CNRS, ancienne députée européenne (1996-2005), et auteure de nombreux ouvrages dont je ne citerai que les derniers:

Du CONSENTEMENT,Le Privilège de Simone de Beauvoir, Service ou servitude : essai sur les femmes toutes mains, Les Femmes et leur histoire. Puis le livre qui paraît ce 18 novembre: À CÔTÉ DU GENRE, Sexe et philosophie de l'égalité
J’imagine qu’il n’est guère facile de s’imposer comme femme philosophe dans une discipline dominée par les hommes, qui le plus souvent ont décrété que les femmes étaient dépourvues de RAISON ou de cervelle, qu’elles fonctionnaient par « affect », bref, qu’elles étaient prédéterminées par leur corps et leur sexe qui les destinaient à la maternité.
Pas facile non plus pour une femme de faire de la politique, autre chasse gardée des hommes.
C’est tout naturellement que Geneviève Fraisse est devenue chercheuse en genre, sexe et différence des sexes, bref, elle interroge la place des femmes dans la société et leurs rapports aux hommes.
Notre 2e invité philosophe, Dany-Robert DUFOUR, professeur à Paris VIII en philosophie de l’enseignement et auteur d’une dizaine d’ouvrages dont voici quelques-uns des titres les plus éloquents : L'Art de réduire les têtes, On achève bien les hommes,  Le Divin marché, La Cité Perverse, Libéralisme et pornographie.
Ses recherches se situent au croisement de la sémiotique - philosophie du langage - de la philosophie politique et de la psychanalyse.

Le sujet que j’ai choisi pour ce débat est le Rôle des philosophes dans les sociétés en mutation. On peut se demander si nous vivons réellement dans une société en mutation. Je pense en effet que la plus grande rupture après la révolution française de 1789 est intervenue avec l’accès des femmes à la contraception (1967) et à l’avortement (1974), à savoir l’appropriation des femmes de leur corps, de sorte que leur anatomie n’est plus un destin, ce que Simone de Beauvoir a exprimé par la formule : « On ne naît pas femme, on le devient ». Aujourd’hui nous en sommes à la Gestation pour Autrui (GPA) et à la gestation Médicalement Assisté (GMA) – à savoir que nous avons de plus en plus de liberté par rapport au corps biologique; et les recherches sur les cellules souches rendent possible le clonage reproductif avec tous les bouleversements du côté du GENRE et des relations entre les hommes et les femmes que cette « libération» par rapport au corps biologique entraîne (Pacs, divorces, familles patchwork....).
 
L’autre grande mutation en cours est peut-être celle de notre planète surexploitée et malmenée, et la crise de notre système économique, dont nous avons vu les premiers signes avec la crise financière de 2008 qui est en fait une crise systémique.
 
On demandera à nos deux invités ce qu’ils pensent être leur rôle en tant que philosophes en ces temps d’un engouement du public pour la philosophie, vu le nombre de cafés philo qui se créent, le succès de certaines revues comme PhiloMagazine, le nombre d’émissions de radio ou de télévision traitant de sujets philosophiques, et l’existence même d’une Journée Mondiale de la Philosophie mise en place par l’UNESCO en 2005 (la Journée de la Philosophie remonte à 2002).
 
Ce qu’on demande peut-être le plus aux philosophes c’est de nous éclairer sur la signification de ces ruptures et changements profonds, dont nous ne sommes qu’à moitié conscients, parce que nous assistons à l’histoire en train de se faire. Ce qu’on attend d’eux c’est qu’ils mettent en perspective ces mutations en les inscrivant dans l’histoire.
 
Car penser le long terme n’est l’affaire ni des politiques ni des spécialistes qui sont bons chacun dans leur domaine, mais peu capables de penser l’ensemble. Ce qu’on cherche le plus aujourd’hui c’est de pouvoir donner du SENS et des orientations aux choses.
Un autre rôle que j’attribuerais volontiers aux philosophes c’est de développer notre esprit critique, de nous sortir des clichés et des idées reçues, et ceci au moyen du questionnement, un questionnement qui s’en prend aussi à la doxa, à l’opinion trop figée devenue insensible aux arguments des autres.
Je passe la parole à nos invités.
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