Malaise dans la sexualité

Sujet du 22 Novembre 2007 

MALAISE DANS LA SEXUALITE
 
AVEC MICHELA MARZANO
 
Ce débat dans la cité a pour ambition de bousculer les idées reçues et d’inviter des auteurs du genre à les bousculer. Michela MARZANO remplit le contrat, car le plus souvent ses livres sont objet de controverses. Elle est philosophe, chercheuse au CNRS, où elle fait partie du CERCES, Centre de recherches Sens, Ethique, Société, elle est auteure de « PENSER LE CORPS », a dirigé "le DICTIONNAIRE DU CORPS", elle a écrit les deux livres qu’on discutera plus particulièrement ici « Malaise dans la sexualité » et « Pornographie ou l’Epuisement du désir » et encore de « ALICE AU PAYS DU PORNO » où elle examine l’influence de la pornographie sur les adolescents à qui elle sert d’éducation sexuelle, puis « FILMS X, Y JOUER OU Y ETRE, c’est un entretien avec OVIDIE, actrice et réalisatrice de films porno. Elle est également l’auteure de « LA FIDELITÉ OU L’AMOUR A VIF ». Son dernier livre est « , ENQUÊTE SUR L’HORREUR-RÉALITÉ » dont nous avons discuté au Café-Philo Autrement en septembre.
 
La question posée par M.Marzano dans les deux livres dont s’inspire le sujet d’aujourd’hui, est si la sacro-sainte LIBERTÉ ne nous enferme pas dans un nouveau conformisme. Qu’est-ce que c’est que la liberté, être libéral, libertaire, ou être une femme libérée p. ex. ? Ne faut-il pas avant tout demander : la liberté pourquoi faire ?
 
Autrefois les pères de l’Eglise nous disaient « abstenez-vous », aujourd’hui on nous dit :« Jouissez », « soyez heureux », « prenez du plaisir ». Cependant tout le monde sait qu’il n’y a jamais eu autant de solitude, de couples éclatés, de célibataires en quête de rencontres virtuelles ou improbables. Les livres qui prétendent offrir les recettes du bonheur deviennent des best-sellers comme ceux de John GRAY « LES HOMMES VIENNENT DE MARS, LES FEMMES VIENNENT DE VENUS » (2003). En réalité la recette ici consiste à promouvoir les vieux stéréotypes du masculin/féminin : les hommes sont comme ci, les femmes sont comme ça.
De façon exacerbée, les films porno aussi jouent sur ces vieux clichés qu’ils représentent comme des archétypes universels. L’homme fait figure de prédateur, de chasseur, il est violent et actif ; la femme est passive, disponible, offerte. L’inquiétant c’est que les films depuis les années 90 deviennent de plus en plus violents et qu’ils ont de plus en plus recours à des schémas de domination et d’humiliation avec des prototypes comme maître-esclave , nazi-juif, blanc-noir.
On peut se demander si les films porno sont faits pour rassurer l’homme déstabilisé par la nouvelle génération des femmes émancipées.
Ce qui est certain c’est que cette production s’inscrit dans l’économie marchande et rapporte des milliards, en jouant sur la consommation/addiction et sur le fantasme de la performance et de la toute-puissance. Le problème c’est la représentation stéréotypée des hommes et des femmes dans ces films qui réduisent l’autre à un objet de consommation. Et comme ils sont faciles d’accès et en croissance accélérée ils sont en train de devenir une représentation comme une autre de la sexualité.
Quant au fameux pouvoir libératoire ou cathartique de la pornographie  c’est un miroir aux alouettes, dit Michela Marzano, car les esprits libertaires qui emploient cet argument oublient que la liberté est systématiquement celle des forts qui s’exerce au dépens des faibles.
 
On comprend que ce discours déplaît à certains hommes. Mais il déplaît aussi à certaines femmes, en particulier celles qui se disent les « nouvelles féministes » comme Virginie Despentes ou Marcella Yacoub.
Dans son film « BAISE-MOI » Virginie DESPENTES renverse en fait les paradigmes des films porno : les femmes sont alors les prédatrices et les hommes leurs proies – ce qui n’arrange pas vraiment les rapports humains. On ne sort pas de l’affrontement des sexes.
Quant à Marcella Yacoub elle prône un féminisme radical qui cherche à libérer les femmes de la corvée de la maternité tout en plaidant en faveur des nouvelles formes de reproduction artificielle : la location des ventres, la reproduction in vitro, extra-utérine, etc.
 
La question posée ce soir est pourquoi ce malaise dans la sexualité, pourquoi p.ex. tant de célibataires en quête de bonheur sur la toile, pourquoi cette multiplication des sites de rencontre qui sont aussi un nouveau marché pour ceux qui les gèrent comme pour ceux qui y ont recours. Certains disent même qu’ils y font « leurs emplettes ». C’est vraiment réduire l’autre à un objet de consommation, signe du « tout-jetable » et du « sexe-consommation ». La multiplication des partenaires et l’instrumentalisation de l’autre pour satisfaire ses besoins seraient-elles devenues la nouvelle norme du bonheur tout comme dans la pornographie ?