Quand la philosophie change ta vie !

MERCREDI 4 novembre 2009

au CAFÉ DE LA MAIRIE, Place ST. Sulpice, Paris 6e
 
CONFÉRENCE-DÉBAT avec GUNTER GORHAN 
QUAND LA PHILOSOPHIE CHANGE TA VIE !
INTERFÉRENCES ENTRE LA PHILOSOPHIE ALLEMANDE ET FRANCAISE
 
GUNTER GORHAN est juriste, Autrichien d’origine et surtout un amoureux de la philosophie française et allemande. Il est surtout connu comme animateur au café philo des PHARES à Paris, le premier café philo créé par Marc Sautet il y a 17 ans (en 1992). Ce qu’on sait moins c’est qu’il est aussi animateur d’un café philo en Allemagne, à Dusseldorf et qu’il a ouvert des cafés philo à Zurich, Budapest et même à Moscou. Cet été il était conférencier à l'université populaire d'ESSEN sur le thème:
INTERFÉRENCES ENTRE LA PHILOSOPHIE ALLEMANDE ET FRANCAISE
 
Par ailleurs Il intervient comme animateur dans les lycées, dans des foyers pour jeunes travailleurs, des hôpitaux psychiatriques, des maisons de retraite ou des théâtres. Il est également écoutant et formateur à l’association « SOS suicides Phénix ».
La conférence de Gunter Gorhan d’aujourd’hui s'inspire de son vécu, de son parcours personnel entre Vienne et Paris. Pourquoi avoir choisi le titre : QUAND LA PHILOSOPHIE CHANGE VOTRE VIE ! Parce que c’est le joli mois de mai de 1968, passé à Paris comme étudiant, qui a chamboulé sa vie.
 
Il est vrai qu’en mai 68 « la PHILOSOPHIE était DANS LA RUE », comme le dit si bien un autre de nos invités précédents, le jeune philosophe VINCENT CESPEDES, que nous avons reçu pour la sortie de son livre qui s’intitule précisément : « - LA PHILOSOPHIE DANS LA RUE ». C’est un livre à la gloire de ce bouillonnement philosophique que MAI 68 a déclenché.
Car à cette époque on refuse le PRÊT-À-PENSER comme le PRÊT-A-VIVRE. On veut au contraire CHANGER LA VIE et tout chambouler. Il y a des slogans formidables qui fleurissent alors sur les murs de la capitale: NE PERDEZ PAS VOTRE VIE À LA GAGNER. Ou encore: CONSOMMEZ PLUS, VOUS VIVREZ MOINS.
Aujourd’hui on est loin de cette fête de la PENSÉE EN ACTE, les slogans de Mai 68 sont récupérés par les SLOGANS PUBLICITAIRES. C’est le règne du TOUT-MARCHANDISE.
Toujours est-il que Gunter Gorhan a été happé par cette fête de la pensée et qu’il a quitté les rails d’une vie bourgeoise programmée pour rester à Paris et se plonger dans la philosophie – non pas dans une philosophie purement conceptuelle, académique ou théorique, mais dans une philosophie vécue au quotidien. Et c’est cela qui nous tient à cœur ici aussi dans nos RENCONTRES ET DÉBATS AUTREMENT.
Quand la philosophie prend la forme d’un jeu purement intellectuel, quand elle reste une sorte de vernis culturel, cela ne nous intéresse pas. C’est quand elle vous prend aux tripes, qu’elle change votre vie, c’est là que ça devient intéressant. Autrement dit : quand vous vous sentez concerné ! Ce qui est passionnant c’est quand vous intériorisez les pensées de certains philosophes, ou quand leurs idées jouent en quelque sorte les révélateurs de vos intuitions, quand ils arrivent à mettre les mots justes sur ce que vous ressentez plus ou moins confusément.
Prenons le cas de HANNAH AHRENDT qui fait un livre sur la après avoir assisté comme observatrice au procès de Joseph EICHMANN à Nuremberg. Elle déduit des interrogatoires de ce bourreau en costume de bureaucrate sa thèse de la banalité du mal. Et tout le monde ou presque se reconnaît dans cette thèse, parce que tout le monde ou presque se sent coupable d’avoir obéi aux lois de ce pantin diabolique de Hitler. Joseph Eichmann est un homme ordinaire en costume gris, il ressemble à des milliers d’Allemands, ce peuple des « DICHTER UND DENKER », des poètes et des philosophes, il dit avoir lu KANT et sa CRITIQUE DE LA RAISON PRATIQUE, et justifie ses actes – l’arrêt de mort pour des milliers de juifs - avec l’obéissance aux lois.
On pourrait se demander si cette banalité du mal dont parle Hannah Ahrendt, est universelle ou si elle a à voir avec le fameux conformisme allemand et l’esprit de discipline à la prussienne, une obéissance aux lois tout de même plus forte que chez les Français marqués, eux, par l’esprit de la Révolution et celui de la Résistance.
Et nous voilà au cœur du sujet des différences et spécificités, mais aussi des interférences entre la philosophie allemande et française.
Il faut rappeler que Hannah AHRENDT, l’élève et l’amante de Martin Heidegger, a toujours refusé la qualification de philosophe, elle s’est dit politologue. Peut-être est-ce par fausse modestie. Peut-être aussi a-t-elle pensé que partir d’une observation concrète n’a rien à voir avec la conceptualisation philosophique. Mais on peut aussi se demander si ce n’est pas de cela qu’on aurait besoin en philosophie : questionner les choses concrètes de la vie quotidienne dans toute leur banalité pour en faire des objets de questionnement philosophique ?
En France il y a eu au moins deux femmes philosophes qui se sont mêlées du réel et du concret, Simone Weill – qui a volontairement travaillé à la chaîne aux côtés des ouvriers pour voir ce que c’était - et Simone de Beauvoir, deux figures du 20e siècle. Et toutes deux ont mis leur pensée en adéquation avec leur vie, ce qu’on ne peut pas vraiment dire de Martin Heidegger par exemple, qui a accepté un poste de professeur universitaire sous le régime nationale-socialiste.
Sur ce je cède la parole à Gunter Gorhan qui lui aussi a mis sa vie en adéquation avec sa pensée et qui vous parlera maintenant de son panthéon masculin des philosophes allemands et français.
 
Parmi les questions qui seront abordés au cours de cette mini-conférence (30 min.) :
LES PHILOSOPHES (LES PHILOSOPHIES) FRANCAIS ET ALLEMANDS SONT-ILS FAITS POUR S'ENTENDRE?
L'engagement politique des philosophes français (mai 68!) est-il compatible avec la recherche du consensus des philosophes allemands (Habermas/Lyotard) ?
Existe-t-il un Comte-Sponville, un Marcel Gauchet, un Luc Ferry, un Alain Finkelkraut en Allemagne?
La philosophie du DÉSIR chère aux Français a-t-elle cours en Allemagne?
Nietzsche, Marx, Freud sont–ils spécifiquement allemands?

En quoi l’Idéalisme et Romantisme allemand s’opposent-ils à l’analyse cartésienne et à la déconstruction (Derrida) française