La Décroissance

Vendredi 8 février 2013

Café Société Bibliothèque François Mauriac
à Sainte-Geneviève-des-Bois
THÈME: LA DÉCROISSANCE – POUR UNE SOBRIÉTÉ HEUREUSE vivre Mieux avec Moins – MOINS DE BIENS, PLUS DE LIENS

 
1° - PRESENTATION / INTRODUCTION
La décroissance pour toi veut dire frugalité et privation des objets de consommation qui te font envie? Et si on pouvait désirer autrement, autre chose? Et si la décroissance impliquait aussi la joie de vivre? "La sobriété heureuse" n'est-ce pas aussi ce que défendent Pierre RABHI et le mouvement des Colibris ?
Fabrice FLIPO, écologiste, docteur en philosophie et auteur de livres sur la décroissance et le développement durable, maître de conférences l’Institut Supérieur des Mines-Télécom où il enseigne la philosophie des sciences et techniques.
Il vous présentera quelques questions posées dans cet ouvrage dont il est co-auteur, et développera surtout les racines du mouvement:LA DÉCROISSANCE,10 QUESTIONS POUR COMPRENDRE ET DÉBATTRE”  :
1.    Que signifie « décroissance » ?
2.    La décroissance, une idée neuve ?
3.    Pourquoi pas le « développement durable » ?
4.    La décroissance, est-ce la fin du progrès scientifique et technique ?
5.    La décroissance est-elle malthusienne ?
6.    La décroissance, privation ou joie de vivre ?
7.    La décroissance, c'est la récession et le chômage ?
8.    La décroissance concerne-t-elle les pays du Sud ?
9.    La décroissance n'implique-t-elle pas une vision dirigiste et autoritaire de la politique ?
10.Que signifierait concrètement une politique de décroissance ?
Il faut croire que la décroissance est une idée, et même une nécessité, qui fait de plus en plus d’adeptes. Les objecteurs de croissance, dont les plus connus sont Serge Latouche, Paul Ariès ou Pierre Rabhi, ne font plus tellement sourire depuis que les crises systémiques sont en train d’ébranler l’Amérique et l’Europe par la crise financière dans laquelle nous sommes plongés depuis 2008, mais aussi depuis que les catastrophes naturelles nous font prendre conscience que la planète semble se révolter contre le mauvais usage qu’en font les hommes. Puis, il y a une prise de conscience grandissante du fait que nos ressources naturelles s’épuisent et qu’il y a déjà dans certains endroits du monde pénurie de pain, de blé, de pétrole, ou de minerais. Les inégalités entre pauvres et riches augmentent partout dans le monde jusque dans nos villes avec de plus en plus de SDF dans les rues et sous nos yeux. Et malgré ces impasses du système capitaliste nos politiques se font les chantres de la croissance et du modèle productiviste.
La prise de conscience de ces impasses se fait particulièrement sentir chez les jeunes générations. Les forums autour de la figure charismatique de Pierre Rabhi et de l’association COLIBRIS fondée par Colline Serreau attirent les foules. C’est comme s’il y avait soif d’un changement de modèle économique et surtout d’un mode de vie avec plus de sobriété, plus de respect de l’environnement - un mode de vie dont on espère plus de BONHEUR, et dont la figure charismatique de Pierre RABHI, toujours en sandales et pieds nus, pratiquant l’agroculture biologique en Ardèche, semble être un modèle.
En attendant lorsque nous sommes exposés aux plans d’austérité suite aux crises financières décidés encore aujourd’hui à Bruxelles, nous n’avons pas envie de payer les pots cassés d’ un système financier dans l’impasse.
Alors que pense l’écologiste Fabrice FLIPO de ces mesures qui impliquent de facto une baisse du taux de croissance? Une « pédagogie par les catastrophes» développée par l’écrivain Denis de Rougemont et soutenu par Serge Latouche (« que la crise s’aggrave ! »), peut-elle faire avancer la prise de conscience qu’une décroissance s’impose?

2° - LA DECROISSANCE - UNE MOUVANCE HETEROGENE - NOTES
La décroissance désigne une mouvance qui estime que la crise climatique et les impasses du modèle capitaliste ne pourront être surmontées qu'au prix de l'abandon du modèle de développement productiviste et de ses fondements : le culte fétichiste de la croissance et la croyance aveugle dans les bienfaits des progrès technoscientifiques. " Doux rêve ", " dangereuse utopie ", " projet réactionnaire ", on a tout entendu à propos de la décroissance, qui suscite souvent une condescendance amusée ou une méfiance instinctive de la part du monde politique traditionnel.
POUR UNE SOBRIÉTÉ HEUREUSE
Le mot-obus de la DÉC ROISSANCE réussit donc en partie à poser des débats que d’autres ne parviennent pas à poser…
la croissance au sens commun du terme c’est-à-dire la croissance du PIB ne va ni vers le bien-être ni vers l’égalité.
« La Sobriété Heureuse », de Pierre Rabhi, identifié le Mouvement des Colibris* et se fait l’écho de leur projet « Transformons nos territoires ».
Expert en agroécologie, écrivain et penseur, Pierre Rabhi est un  pionnier de l’agriculture biologique en France et fondateur de l’association Terre & Humanisme.
« Je suis beaucoup plus sollicité », se réjouit Serge Latouche, l’un de ses pionniers. « Les salles sont pleines dans nos débats », lui fait écho Paul Ariès
DIPLO 2009
« Que la crise s’aggrave ! », s’exclame Latouche, reprenant le titre d’un ouvrage du banquier repenti François Partant. « C’est une bonne nouvelle : la crise est enfin arrivée, et c’est l’occasion pour l’humanité de se ressaisir (4», explique ce tenant de la « pédagogie des catastrophes » jadis développée par l’écrivain Denis de Rougemont.
« Cette pédagogie des catastrophes, on n’est pas du tout là-dedans », se démarque Vincent Cheynet. Le rédacteur en chef du journal La Décroissance
Jean-Luc Pasquinet, animateur du Mouvement des objecteurs de croissance (MOC) , lancé en 2007, dont fait paitie M. Christian Sunt, ancien des Amis de la Terre et des Verts
Entropia, « revue d’étude théorique et politique de la décroissance » dirigée par Jean-Claude Besson-Girard, explore avec une louable ouverture d’esprit les nombreux problèmes soulevés par la perspective décroissante (6).
La mouvance entretient des liens, plus ou moins informels, avec toute une série d’organisations. Réseaux antinucléaires ou anti-OGM (organismes génétiquement modifiés), mouvements internationaux Slow Food (7) ou Slow Cities et, bien sûr, toutes les associations antipublicitaires : les militants de la décroissance préfèrent souvent l’action associative concrète. La revue Silence privilégie le récit d’expériences qui préfigurent la société à bâtir. « L’envie de changer les choses passe par la réalisation de solutions alternatives », souligne Guillaume Gamblin, l’un de ses animateurs.
Aucun « objecteur de croissance » ne prône une simple diminution de la production dans une société aux équilibres inchangés, diminution qui ne pourrait qu’aggraver la pauvreté. Latouche concède que les moins bien lotis, notamment en Afrique, ont besoin d’une élévation de leur niveau de vie matériel, même s’ils ne doivent pas imiter le mode de vie occidental.
Ariès se situe du côté des positions républicaines, tout en travaillant avec les catholiques de gauche de la revue Golias. Pierre Rabhi, figure de la décroissance qui a tenté d’être candidat à l’élection présidentielle de 2002, représente, quant à lui, un courant spiritualiste
Latouche préfère insister sur la méthode d’élaboration d’une « société autonome » aux « 8 R » : « Réévaluer, reconceptualiser, restructurer, redistribuer, relocaliser, réduire, réutiliser, recycler »
Le philosophe Patrick Viveret, qui s’intéresse aux questionnements fondateurs de la décroissance sans adhérer à ses réponses, refuse l’« interdit de poser le bonheur comme une question politique » au prétexte que les totalitarismes s’y sont risqués : « Si l’on refuse de poser démocratiquement la question du mieux-être, au nom de quoi fonder une pensée critique du mode de développement actuel ? 
« Quelle utopie mobilisatrice pour répondre à la question : comment vivre mieux avec moins ? »
« Elargir la gratuité des biens dont on fait un bon usage et interdire ceux qui relèvent du mauvais usage », préconise Ariès, en précisant que la définition de ces usages sera le produit d’une délibération politique. Il ajoute : « L’objectif est de réduire les inégalités sociales. » De fait, la décroissance toucherait inévitablement d’abord les plus riches, au niveau planétaire comme dans chaque pays.
Franck Pupunat, l’animateur du petit groupe Utopia, proche de certaines thèses de la décroissance et qui regroupe des adhérents de plusieurs partis de gauche. Ariès vient également de s’y rallier.
Consommer moins, consommer mieux pour être heureux ?
Une conférence du cycle : "Développement durable, la croissance verte : comment ?"
La sobriété heureuse
Par Patrick Viveret, (philosophe, essayiste, magistrat honoraire à la Cour des comptes)
La mouvance décroissance se présente comme une critique globale de l’économie marchande et de l’industrialisation à marche forcée
 
La décroissance dénonce le bonheur conforme : nous sommes dépossédés de nos désirs, de nos besoins, ainsi que de la manière de les satisfaire. La décroissance inclut la revendication d’autonomie. Il  s’agit de proposer de nouveaux ingrédients : espace public débarrassé de la pub, agriculture biologique, énergies renouvelables, villes sans voitures… Une « économie écologique » ferait davantage appel au travail humain, elle impliquerait de relocaliser de nombreuses activités.
 
réduction considérable de la part des marchandises à très haute technicité, au profit de techniques conviviales (au sens d’Illich). Il signifierait donc la fin, ou tout au moins la réduction considérable, de l’usage de l’Internet, du téléphone mobile, du GPS individuel, de la mobilité automobile permanente… ?
 
Nous n’avons plus rien à espérer d’une croissance supplémentaire (et d’un plan de relance) des économies occidentales, sinon une aggravation des inégalités sociales, en particulier sur le plan écologique. Les contenus des vastes synthèses théoriques et diplomatiques tel le « développement durable » restent encore à définir. En 2002, le sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg ne produisit aucun engagement clair de la part d’aucune des parties. Jacques Chirac y faisait un discours célèbre, « notre maison brûle et nous regardons ailleurs », mais il n’a pris aucune initiative à la hauteur de ses mots
L’ordre économique est aujourd’hui devenu miraculeusement compatible avec le « développement durable » : il suffit de trouver plus sale que soi pour pouvoir se qualifier de propre. Le nucléaire est plus propre que le pétrole parce qu’il émet peu de gaz à effet de serre, le pétrole est plus propre que le nucléaire parce qu’il n’émet pas de déchets impossibles à recycler, etc.
il est aussi vrai que l’industrie utilise surtout des matériaux issus des mines et non des écosystèmes. Ils ne s’insèrent pas facilement dans les cycles écologiques globaux, ils tendent au contraire à les perturber et les dégrader, comme par exemple les métaux lourds contenus dans les batteries qui viennent empoisonner la chaîne alimentaire. Par quoi remplacer le lithium ? A ce jour aucun substitut renouvelable n’est connu.
CRITIQUE :
Objecteurs de croissance, opposés à la croissance verte, les auteurs s'efforcent de distinguer les différentes acceptions que cache le "mot-obus" de décroissance. Ils contestent l'idée selon laquelle elle serait réactionnaire, malthusienne, rétive aux innovations techniques ou liberticide.
L'intérêt du livre est de réfuter les solutions de facilité: parler de "décroissance de l'empreinte écologique" ne constitue pas une réponse suffisante (qui pourrait être pour une hausse de la pollution?); parier sur l'immatériel et sur les technologies numériques de l'information et de la communication ne peut suffire à enrayer l'augmentation de notre empreinte écologique. Et l'instauration de nouveaux indicateurs de richesse ne fera pas changer l'économie par miracle.
La transition vers des sociétés plus soutenables implique une forte transformation de la structure économique actuelle. Quel est l’état de la recherche sur les stratégies qui permettent de fortes réductions d’empreinte écologique ? Quelles sont les conséquences économiques ? Aboutirons-nous à des sociétés « immobiles » ou aurons-nous affaire à de nouvelles formes d’innovation ? Cela implique-t-il d’abandonner l’universalisme du développement ? Ces questions font-elles l’objet de programme de recherche ou sont-elles élaborées ailleurs ?

Science, Technologie et style de vie
Si tout le monde vivait comme un Français, il faudrait 2 planètes supplémentaires… Comment réduire notre empreinte écologique tout en améliorant notre qualité de vie et en la partageant avec les plus défavorisés ?
Le modèle dominant apporte à ce défi social et humain des solutions le plus souvent basées sur la technologie : des modes de production et d’utilisation plus propres devraient bien nous aider à sortir de l’impasse. Cette foi dans le progrès et le high-tech a ses bénéfices : gains de productivité dans les énergies renouvelables, utilisation d’Internet pour construire une nouvelle forme d’intelligence collective, etc. Mais elle pose aussi question car elle évite de remettre en cause nos modes de vie – après tout, si la science va trouver, pourquoi devrions-nous nous inquiéter ? Les industries des OGM ou des nanotechnologies ne se privent pas d’utiliser l’argument écologique pour justifier leurs travaux.
Face au défi écologique, quel rôle peuvent jouer des alternatives plus « low-tech » comme l’agriculture naturelle d’un Fukuoka, la convivialité des AMAP ou des SEL, la solidarité rendue possible par une relocalisation des activités humaines ?

Devenir un consommateur responsable
Elle prétend donner du sens à l’existence, donner une visibilité, occuper l’esprit. Il faut réintégrer sa fonction d’utilité. On n’a pas besoin d’avoir un iPhone pour être quelqu’un. La consommation fonctionne comme une drogue : plus on consomme, plus on a besoin de consommer. Sans se couper du monde, on peut devenir un consommateur responsable.