Stéréotypes Féminin / Masculin

mardi 27 mai 2014, 19h30

Université Populaire : DEMAIN, QUELS HUMAINS ?

Mairie 2e, 8, rue de la Banque, métro : Bourse

Thème: Faut-il combattre les stéréotypes Féminin/Masculin ?

INVITÉES : Geneviève FRAISSE, philosophe

Belinda CANNONE : romancière et essayiste

Bienvenus à cette séance sur les stéréotypes féminin/masculin et la question s’il convient de les combattre. Nous aurons du grain à moudre, puisque rien que l’annonce de mesures contre ces stéréotypes à l’école par la ministre des droits des femmes, Mme Najat Vallaud-Belkacem, a déjà provoqué une levée de boucliers de la part des familles craignant l’application de la « théorie du genre » dès l’école primaire.* De même le récent appel à une «journée de la jupe» dans les écoles avec son parfum de subversion a rencontré un franc rejet. Pourquoi cette expérimentation fait-elle si peur? Qu'est-ce que le « genre »? terme introduit en France par Judith Butler, féministe et philosophe américaine. Existe-t-il seulement une théorie du genre ? Pour en parler nous avons invité la philosophe Geneviève FRAISSE et Belinda CANNONE, essayiste et romancière.

Voici une brève présentation de nos deux invitées.

GENEVIÈVE FRAISSE est philosophe, directrice de recherches au CNRS, ancienne députée européenne (de 1999 à 2004). Elle est auteure de livres sur le consentement, thème sur lequel nous l’avions d’ailleurs invitée (2008), et sur le service domestique (Service ou servitude. Essai sur les femmes toutes mains (2009), Plus récemment ont paru "La fabrique du féminisme, et  “A côté du genre”,  2012. Elle a aussi écrit des livres pour la jeunesse comme Le mélange des sexes, Gallimard jeunesse, 2005. "Les excès du genre, concept, image, nudité", éditions Lignes, Aout 2014
 Depuis 2011, Geneviève Fraisse enseigne la philosophie à Sciences Po dans le cadre de PRESAGE (programme de recherche et d'enseignement des savoirs sur le genre)
https://cnrs.academia.edu/genevieveFraisse 
Elle considère le genre comme un concept-outil (la construction sociale des femmes) pour obtenir un jour peut-être l’égalité entre les hommes et les femmes. Mais elle est loin de faire du combat contre les stéréotypes Féminin/Masculin une priorité. Voici ce qu’elle a bien voulu nous en dire  avant le débat de ce soir :

"Un très large consensus s'exprime autour de la nécessaire lutte contre les stéréotypes de genre. On dirait même que cette dénonciation est au coeur d'une pratique d'émancipation. Les images, ou stéréotypes, seraient-elles la "racine" du mal, comme on l'entend ici et là? Mais pourquoi lutter contre est devenu une priorité?"

Belinda CANNONE est romancière, essayiste, maître de conférences et docteure en littérature comparée qu’elle enseigne à l'Université de Caen, Elle a écrit des essais dont les titres interpellent : « Petit éloge du désir » , « le Sentiment d’imposture », « la Bêtise s’améliore ». ou « la Tentation de Pénélope » qui est au plus proche de la question du Féminin/Masculin dont nous allons parler. Elle propose de sortir de la guerre des sexes par la "suspension de la question du genre ». Les partisans du genre et les différentialistes sont renvoyés dos à dos **, car bien sûr nous sommes différents de par notre uterus et le pouvoir de faire naître des enfants, mais aucun neuroscientifique n’a encore trouvé que le cerveau des hommes et les femmes fonctionne différemment ni que les hormones influent sur les comportements des femmes qui sont contrôlés par le cerveau. Elle mise donc sur l’invention de soi et fait sienne la phrase emblématique de Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient »

** B.Cannone : «En somme, n’en déplaise aux "gender studies"(1), il existe bien une irréductible différence anatomique des sexes, et n’en déplaise aux différentialistes, ces faits sont d’un poids très relatif en dehors d’un système de représentations qui les accueille et leur donne sens.» (1) - le concept de « gender » est né aux Etats-Unis dans les années 1970 d'une réflexion autour du sexe et des rapports hommes / femmes.

* Annonce de la ministre des droits des femmes, Najat Vallaud-Belcacem : « Les stéréotypes sont le parent pauvre des politiques publiques en matière d’inégalités hommes-femmes. Les stéréotypes, si on devait les résumer, c’est une fatalité au nom de laquelle on n’avance pas dans l’égalité hommes-femmes, puisque tout cela tient à des préjugés naturalistes, qui sont installés dans le fonctionnement de notre société, de nos familles, de nos médias, de notre école. Or c’est précisément cela qu’il faut faire bouger, ce sont ces habitudes-là, ces représentations collectives-là qu’il faut bousculer si on veut construire une société dans laquelle on ne soi